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reparer-les-vivantsSimon Limbres revient d’une séance de surf matinale lorsqu’il est victime d’un accident de voiture. En état de mort cérébrale, le jeune homme est un donneur d’organes potentiel…

Movie challenge 2017 : un film adapté d’un livre que j’ai lu

« Ce qu’est le cœur de Simon Limbres… », les premiers mots du roman de Maylis de Kerangal font partie des incipits que je n’oublierai jamais. Marquée par ce roman bouleversant, j’appréhendais de le voir adapté autant que j’en avais hâte.

Je ne connaissais pas Katell Quillevéré jusqu’à ce film mais je lui reconnais d’emblée une grande qualité : celle d’avoir réalisé, sur un sujet extrêmement délicat, un film très digne. Sa façon de filmer le jeune Simon, qu’il soit actif ou inanimé, est empreinte d’une pudeur respectueuse qui colle bien au propos du roman. Globalement j’ai retrouvé la trame narrative, et l’atmosphère du livre, quelque chose d’assez solennel et propice au recueillement, entrecoupé d’élans de vie. Les comédiens sont assez bien choisis dans l’ensemble et plutôt bons. J’ai en particulier apprécié les personnages qu’on voit assez peu dans le livre comme Claire (Anne Dorval) et ses enfants (c’est toujours un plaisir de voir Alice Taglioni). L’une des prestations les plus surprenantes est celle de Tahar Rahim, que j’ai à peine reconnu sans son habituel sourire de gosse, et qui fait preuve ici d’une sobriété de bon aloi.

Cela dit, il m’a manqué quelque chose par rapport au roman. Le souffle si particulier de l’écriture pulsée, les ascenseurs émotionnels que ne parvient pas totalement à retranscrire le film, en dépit de moments touchants, et de quelques très belles trouvailles visuelles. La scène de l’accident est à mes yeux la plus réussie, dans laquelle la vague semble engloutir la route puis le véhicule. C’est clairement le genre d’effet original que j’aurais aimé retrouver davantage dans le film, car il me semble que c’était une bonne façon de rendre compte de la tonalité singulière de l’œuvre.

Surtout, j’ai été frustrée de voir si peu la plupart des personnages. J’ai beau avoir lu le roman il y a près de quatre ans, je me souvenais de certains détails qui caractérisent chacun des personnages qui vont accompagner d’une façon ou d’une autre le corps et le cœur de Simon. Les oiseaux du docteur Rémige, résumés ici à une vidéo de chardonneret, la mèche blanche singulière des Harfang, sauf que la pauvre Alice est réduite à la portion congrue alors que c’est un vrai beau personnage du livre… C’est la diversité des points de vue, l’entrelacement des vies autour du mort qui donne sa puissance au livre, et qui se dilue ici. Chacun n’est plus qu’une silhouette manquant d’épaisseur pour qu’on s’y attache, et cette déconvenue repose encore une fois la question de la possibilité d’adapter vraiment une œuvre littéraire.

Car je doute qu’il ait été possible de faire vraiment mieux, sauf à réaliser un film de 10 heures. Ce qui me fait songer qu’un format série façon 24 heures chrono eût peut-être été davantage adapté à ce sujet fort et complexe.

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