Et « La femme-Maÿtio » accoucha de l’art

couverture-livre-la-femme-maytioMaÿtio, jeune femme de Néandertal, est laissée pour morte par un clan qui l’a sauvagement éventrée. Sauvée par des divinités nourricières, elle se rétablit dans une grotte et découvre un jour qu’elle peut peindre sur les parois…

Ce roman est arrivé par surprise jusqu’à moi, et je remercie les éditions Serge Safran d’avoir eu cette intuition que ce texte pourrait me parler. J’avais déjà un peu entendu parler du précédent livre de Béatrice Castaner, Aÿmati, mais je n’avais pas eu le déclic pour le lire à l’époque.

J’avoue que je me sentais a priori très loin de ces personnages néandertaliens, et pourtant. Difficile d’expliquer l’envoûtement que réussit à produire le style si particulier de l’autrice. Celle-ci invente une forme d’expression digne de l’originalité de son sujet, avec une ponctuation qui lui est propre. Pour autant, ces étrangetés linguistiques ne constituent jamais un obstacle à la lecture, car on finit par s’habituer aux petits symboles et par les intégrer comme autant de virgules ou de tirets. Ce que produisent ces éléments, c’est une sorte de musique de la langue, un style très aéré, entrecoupé de respirations, et une lecture particulière qui prend les phrases moins comme éléments de narration que comme strophes de poèmes voire incantations ou prophétie. On n’est pas loin de la sphère mystique, et finalement Maÿtio et les trois divinités qui la maintiennent en vie ou attendent sa mort m’ont fait l’effet de sorcières telles que celles évoquées dans le livre d’Isabelle Sorente (Le complexe de la sorcière) : des femmes fortes, à la puissance vitale insoupçonnée, capable de changer le cours du monde.

Et en effet, au-delà de sa trajectoire individuelle que l’on suit dans le roman, Maÿtio apparaît comme un personnage-clé dans l’histoire de l’humanité : la toute première artiste, celle qui inventa les peintures rupestres. Elle est ensuite rejointe par Hadjé, la première musicienne qui de sa flûte en os tire des sonorités qui hypnotisent ses semblables.

Beau et mystérieux, le récit est aussi l’histoire d’une transmission : non contente de créer et donner en spectacle son et lumière son œuvre à découvrir aux tribus qui se pressent dans la grotte, Maÿtio est une passeuse de savoir qui initie les jeunes générations à son art.

Ce court récit plein de souffle est vraiment une belle découverte, aussi originale qu’inattendue, le portrait d’une femme lointaine et différente de nous, certes, mais dont les enjeux de survie face au danger constitué par les hommes et d’expression de son potentiel propre ne sont finalement pas dépassés.

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