affiche-film-la-religieuseSuzanne Simonin espère être mariée en sortant du couvent, comme ses deux aînées. Mais elle apprend avec désespoir qu’elle est une enfant illégitime et que sa mère la destine à l’état religieux…

J’avais lu le roman de Diderot il y a déjà assez longtemps, avant la sortie de l’adaptation. J’en gardais un souvenir mitigé, et j’avais même oublié comme l’histoire se terminait.

Mais en découvrant l’excellent Sur quel pied danser l’été dernier (qui est dans mon top des meilleurs films de 2016), je me suis souvenue que Pauline Étienne a vraiment un talent fou, et j’ai eu envie de me replonger dans sa filmographie. À peu près tout me faisait envie (sauf Tokyo Fiancée, je me méfie des adaptations de Nothomb depuis le trop bizarre Stupeur et tremblements), mais La Religieuse avait l’avantage de figurer parmi la sélection de ma fameuse médiathèque.

J’avoue, en jetant un œil sur le casting, ayant des souvenirs assez flous du roman, j’ai envisagé la possibilité de scènes vaguement érotiques entre Pauline Étienne et Louise Bourgoin, et je me suis dit que le réalisateur cherchait à attirer le chaland. Mais je n’y étais pas du tout.

En effet, l’aspect le plus connu du roman de Diderot, qui met en lumière les pratiques licencieuses d’une mère supérieure avec ses sœurs, n’intervient que tardivement dans l’œuvre. En réalité, le film s’appesantit davantage sur le début du livre, détaillant la façon dont Suzanne est peu à peu poussée vers le voile qu’elle ne souhaite pas prendre, puis finalement contrainte de prononcer ses vœux. C’est alors le début d’un long cauchemar pour la jeune fille qui perd aussitôt son seul appui puisque Madame de Moni, la supérieure qui l’avait prise en affection, est remplacée par la terrible et cruelle sœur Christine (Louise Bourgoin, donc). Difficile pour le spectateur de supporter l’acharnement qui s’abat sur la jeune Suzanne qui, en dépit de son aversion pour l’état religieux, fait figure de sainte tant elle endure avec patience ses tourments.

Espérant par le recours d’un avocat faire annuler ses vœux, elle parvient au moins à changer de couvent et devient alors la favorite de la mère supérieure de Saint-Eutrope. Isabelle Huppert est assez convaincante dans ce rôle dont elle n’a pourtant pas vraiment le physique (la mère est censée être tout en rondeurs) mais quelque chose m’a manqué dans ce passage. Il est vrai que tout le film présente une esthétique assez lisse, froide, dans des tons blancs et beiges, mais j’espérais quand même un peu de chaleur dans cette deuxième partie, quelque chose qui retranscrive l’atmosphère d’érotisme permanent qui m’était restée en mémoire. Or j’ai trouvé l’adaptation très prudente sur cette partie, se contentant d’une ou deux scènes où la mère est prise de transports subits et assez irréalistes.

La fin du film m’a surprise, j’ai donc vérifié ce qu’il en était de l’œuvre de Diderot pour découvrir qu’en effet, le scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour s’en éloignait, peut-être pour le mieux d’ailleurs.

Très peu tentée par le reste de la filmographie de ce réalisateur, j’aurais tendance à voir dans La Religieuse ce qu’il a fait de plus intéressant. Cependant, en dépit de la performance très touchante de Pauline Étienne, je suis un peu restée sur ma faim. Cela dit, il me semble que le roman m’avait vaguement laissé la même impression. Il n’empêche que la dénonciation fonctionne, et que ces couvents remplis de folles et dirigés par des règles iniques ont de quoi dégoûter n’importe qui de l’enfermement religieux !

Publicités