surquelpieddanserJulie galère de job à mi-temps en CDD non renouvelé. Lorsqu’on lui propose un mois d’essai pour un CDI de manutentionnaire dans une usine de chaussures de luxe, elle est ravie. Mais l’annonce d’une modernisation fait poindre la crainte d’un plan social…

Movie challenge 2016 : une comédie musicale

La catégorie comédie musicale du Movie challenge m’intéressait particulièrement car il s’agit d’un genre très périlleux qui peut livrer le meilleur comme le pire. Pas du tout convaincue par les Peau d’âne et autres trésors kitschs,  j’avais en tête des films qui m’ont beaucoup plu, et dont j’ai retenu les chansons comme Huit femmes ou Jeanne et le garçon formidable. Mais ce genre étant assez rare, j’avais peur de ne pas trouver de nouvelle pépite d’ici la fin de l’année.

En regardant le programme des films à venir j’ai repéré cette affiche typée BD et ce sujet social qui me tentaient bien. Voir la bande-annonce a fini de me convaincre que je devais laisser sa chance au premier film de Paul Calori et Kostia Testut.

Je savais bien que pour ce type d’OVNI mélangeant des choses a priori peu compatibles (ici thème de fond délicat, la fermeture d’usine pour délocalisation, et genre léger) le verdict est assez rapide : on accroche d’emblée ou pas du tout. Et en cinq minutes et un interlude musical, c’était clair. J’allais adorer ce film et ressortir avec les chansons en tête !

Sur quel pied danser est un petit bijou qui doit énormément à la musique d’Olivier Daviaud et à des collaborations haut de gamme. On reconnaît bien la patte de Jeanne Cherhal, Albin de la Simone, Clarika ou encore Olivia Ruiz dans les intermèdes chantés qui émaillent l’histoire de Julie. Les différents styles musicaux permettent de donner du caractère à chaque personnage, d’appuyer la fraîcheur de l’héroïne, le charme sournois du PDG adepte de bossa nova, et celui plus brut du lonesome camionneur. Les scènes de grève et de défense de l’usine prennent un côté épique grâce aux rythmes percussifs qui les scandent. Et Julie Victor, que j’avais pu voir sur scène, a droit à un morceau de bravoure à sa mesure.

Le casting est très réussi, avec des comédiens qui donnent de leur personne dans des chorégraphies énergiques et ne manquent pas de dérision (notamment François Morel en patron dépassé). Loïc Corbery (de la Comédie Française) est délicieusement détestable comme le PDG doit l’être dans ce type de situation et j’ai découvert Olivier Chantreau, qui négocie finement la frontière entre sentiments et individualisme. Les ouvrières sont plus vraies que nature, et surtout, Pauline Étienne crève l’écran. Je l’avais remarquée il y a quelques années dans l’adaptation d’Une vie française où elle était très impressionnante en jeune fille schizophrène et mutique. Dans un registre totalement opposé ici, elle est une digne représentante de la génération Y, qui s’interroge sur son existence, ne demande que le respect et le droit à une vie simple, mais choisie.

Bien sûr, ce n’est pas le film le plus profond sur le monde du travail, mais il s’inscrit dans la veine du film social positif (un peu comme Discount), démontrant que le thème de la difficulté à trouver et garder un emploi de nos jours peut être traité aussi sur un ton piquant et frais. Tout le contraire d’un film élitiste, Sur quel pied danser rend accessible à tous la réflexion sur les bouleversements contemporains du travail, et nous fait passer de plus un très bon moment de cinéma.

La fin, qui suffit parfois à me gâcher mon plaisir, m’a ici bien convenu et me laisserait même espérer une suite des aventures de Julie, tant je me suis attachée au personnage ! Un grand bravo donc à toute l’équipe de ce premier long-métrage audacieux et réussi

Trois questions à… Paul Calori et Kostia Testut

J’ai contacté les réalisateurs sur la page Facebook du film. Ils ont très gentiment accepté de répondre à mes questions.

  • Il est assez rare dans les dernières années de voir un sujet social traité sous l’angle de la comédie musicale (à part peut-être Jeanne et le garçon formidable qui a déjà presque vingt ans). Qu’est-ce qui est venu en premier : l’idée du sujet ou l’envie de la forme musicale et dansée ?

Tout est né d’un court-métrage réalisé ensemble pour Arte en 2007, intitulé « Le Silence des Machines ». Kostia avait eu la vision d’ouvrières du textile dont les machines étaient délocalisées et qui se révoltaient en chantant : « Les machines sont parties pour la Chine ! » Quelques mois plus tard, notre court-métrage a été projeté aux festivals de Clermont-Ferrand et d’Angers. On a rencontré un producteur à cette occasion et on a alors eu l’opportunité de développer la même idée en long-métrage. Il nous a fallu des années pour mener à bien notre projet. Mais nous n’avons jamais baissé les bras car nous étions convaincus dès le départ qu’il y avait un lien cinématographique à creuser entre l’univers de la révolte sociale (manifestations, slogans, occupations), et le genre de la comédie musicale.

  • Comment se sont passés les castings ? Cela a-t-il été compliqué de trouver des acteurs sachant danser et chanter ?

Avant de faire les castings, on s’est d’abord posé cette question : devions-nous recruter des comédiennes qui dansent, ou des danseuses qui jouent ? Finalement, nous avons mélangé les deux…
Pour constituer le groupe des ouvrières, nous avons choisi des danseuses professionnelles, pour assurer une qualité chorégraphique à leurs numéros. Leur casting a eu lieu en Rhône-Alpes, il incluait bien sûr une partie comédie. Des talents nous ont sauté aux yeux. Ces danseuses avaient des expériences de jeu très variées, des parcours, des caractères, des physiques différents, et on a composé un bouquet panaché. Cette variété et cette forte énergie physique, il nous semble, se ressent à l’image et amène une belle dose de fraîcheur au film.
Quant aux comédiens principaux (Pauline Étienne, François Morel, Loïc Corbery, Olivier Chantreau), certains étaient plus à l’aise que d’autres avec leurs corps. Nous avons donc organisé des temps spécifiques de répétition des danses et de coaching chorégraphique avec eux.

  • Les duos de réalisateurs ne sont pas si courants en France. Avez-vous apprécié cette expérience commune et comptez-vous continuer à travailler ensemble ou avez-vous des projets différents ?

Les contraintes de la comédie musicale expliquent que l’on ait été deux à faire le film. Quand il faut avoir un œil et une oreille à la fois sur la danse, la synchronie du chant, le jeu, et les mouvements de caméra, tout en même temps, on n’est pas trop de deux sur le plateau, pour se partager les interlocuteurs : l’équipe image d’un côté, les comédiens de l’autre. Aujourd’hui, nous avons l’un et l’autre des projets plus « classiques », plus « normaux » qui ne justifient pas d’être réalisés à plusieurs. Nos chemins vont donc se séparer. Mais qui sait ce que nous réserve l’avenir ?

Un grand merci à Paul Calori et Kostia Testut pour leurs réponses, inaugurant les interviews cinéma sur le blog !

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