affiche-trepaliumRuben Garcia tente d’obtenir une promotion à Acquaville, mais il est trahi par sa femme, Thaïs, qui s’enfuie avec son amant pour rejoindre les activistes. Issus de la Zone, où vivent les 80 % d’inactifs de la société, ceux-ci entendent faire tomber le mur qui les sépare des actifs… 

Habituée à la qualité des séries d’arte, et fascinée par la question du travail dans les œuvres contemporaines, je ne pouvais pas laisser passer cette série originale.

L’idée

« Trepalium » est le prolongement d’une réflexion mûrie par deux scénaristes, Antarès Bassis et Sophie Hiet. Ces deux collègues se sont intéressés au sujet du travail, en s’appuyant sur les expériences de leurs proches, et ont d’abord écrit plusieurs courts-métrages autour de cette thématique avant de proposer à la productrice Katia Raïs une mini-série. « Trepalium » est pensée pour se suffire à elle-même et ne connaîtra pas de suite, pas appartiendra à une anthologie de séries d’anticipation axées sur des enjeux majeurs d’aujourd’hui (la prochaine en date concernera le vieillissement de la population et la quête de l’immortalité).

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L’ambiance dans la ville

Scénario

Forcément, en seulement 6 épisodes, la série n’aura pas eu le temps de déployer de nombreux arcs narratifs. Elle se focalise donc le mur qui sépare les actifs des chômeurs relégués dans la Zone. Faut-il l’ouvrir, le laisser clos, le faire tomber ? Chacun des multiples personnages de la série a son avis sur la question et les alliances et oppositions se font et se défont au fil des rencontres et des épisodes. J’ai trouvé qu’en assez peu de temps, la série réussissait tout de même à creuser son sujet et à réserver quelques surprises au spectateur, même si la fin était assez prévisible.

Tonalités et thèmes 

En bonne série d’anticipation, « Trepalium » se sert du futur pour nous renvoyer les travers de notre présent. Il n’est pas très drôle pour le spectateur conscient de nos dérives de constater que la situation risque d’être bien pire demain. La série a donc un potentiel anxiogène certain et affirmé. La tension n’est pas présente à tous les instants, mais c’est une des rares séries récentes où je n’ai vraiment pas décelé d’aspect humoristique ou léger. Le sujet est traité sur un mode grave et avec une grande rigueur de traitement. L’esthétique particulièrement soignée oscille entre la crasse de la Zone et les alignements parfaits et bétonnés de la Ville, le tout dans des teintes grisâtres ou beige. L’absence de teintes chaudes est flagrante, hormis dans les tenues des personnages principaux, comme pour annoncer que l’humanité est à chercher en eux. L’ensemble produit une impression mi-vintage mi-futuriste, avec des tenues et des coiffures évoquant les sixties. J’ai bien aimé le choix de ne pas abuser des technologies, avec juste quelques objets futuristes (badges téléphoniques, écrans intégrés aux murs, boîtes à repas qui s’ouvrent par tapotements…). Bref, vous l’aurez compris, « Trepalium », c’est fait pour être étrange et plombant, et ça y réussit plutôt bien. Ce qui ne m’a pas vraiment déplu, car j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une prise de position intéressante et même assez politique.

Personnages

 

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De gauche à droite : Noah, Izia, Jeff

La série vaut surtout pour ses personnages complexes, tous porteurs de questionnements plus que de réponses. Le casting est excellent, délaissant les têtes d’affiche (le plus connu est sans doute Charles Berling, mais dans un rôle secondaire), au profit d’acteurs très talentueux à la carrière assez pointue, parfaits pour assumer le propos engagé de la série. Bien sûr Léonie Simaga crève l’écran dans son double rôle de la zonarde Izia, mère courage, et de la femme adultère Thaïs. Je n’en attendais pas moins de celle qui a quitté la Comédie-Française pour s’engager davantage socialement. J’ai été également impressionnée par Ronit Elkabetz (décédée en 2016, ce fut son dernier rôle) que je découvrais ici dans le personnage de Nadia, la Première Ministre progressiste mais extrêmement droite et dure. Un rôle de femme politique forte face à son mari plus faible, c’était un choix de futur pertinent, me semble-t-il. J’ai surtout été touchée par les principaux rôles masculins. Je me suis attachée à Ruben, fils perpétuellement rabroué car pas assez carriériste, mais aussi homme capable de voir au-delà des préjugés de sa caste. Il est incarné par Pierre Deladonchamps, toujours admirable dans son intensité retenue. Et puis il y a Jeff. Choisi pour être le conseiller zonard du ministre du travail car considéré comme un simple d’esprit, cet homme pieux doté d’une foi inébranlable en l’avenir est LE beau personnage de la série. Il est incarné par Achille Ridolfi, un acteur belge à suivre.

 

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Ruben Garcia

 

À voir après

En attendant Transferts, le second volet de l’anthologie d’anticipation d’arte, les amateurs du genre peuvent aussi regarder Section Zéro, une production française de Canal +, qui s’attarde sur la police du futur. La série d’anticipation récente qui a fait le plus parler d’elle reste Westworld, avec son parc d’attraction peuplé de robots où tout est permis.

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Avez-vous vu Trepalium ? Qu’en avez-vous pensé ?

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