« Nos années folles » : un peu trop sage

affiche-film-nos-annees-follesPaul et Louise Grappe se sont mariés jeunes, avant la Première Guerre mondiale. Traumatisé par le front, Paul déserte et se cache dans la cave de la grand-mère de Louise. Pour lui permettre de sortir, celle-ci a l’idée de le déguiser en femme… 

Vous n’avez pas pu manquer l’affiche de ce film, avec son couple nu enlacé, l’homme maquillé. Je l’ai moi-même vue dans les couloirs du métro et c’est sans doute son côté gentiment osé et iconoclaste qui m’a donné envie de découvrir ce film. Et puis la promesse du duo Céline Sallette (Les Revenants) – Pierre Deladonchamps (Trepalium, Le Fils de Jean), deux des acteurs les moins « lisses » du cinéma français contemporain. Je comptais sur leur capacité à tout jouer, surtout les personnages abîmés, instables, complexes, pour m’emporter dans ce film inspiré d’une histoire vraie.

Je dois dire que je n’ai rien à leur reprocher : le couple fonctionne, et chacun livre une performance investie. Elle, en femme courageuse et prête à tout par amour, lui en homme sensible, traumatisé, qui se découvre à l’aise dans la peau d’une femme. Le parcours de Paul Grappe méritait bien un film : personnalité complexe, il apparaît d’abord comme un homme intelligent et émotif, puis un défenseur du couple libre avant l’heure, une femme assumant ses désirs dans la peau de Suzanne, et enfin un homme perdu, brisé par l’impossibilité d’assumer ses multiples facettes ailleurs que dans un spectacle. Le film réussit à nous le rendre sympathique puis détestable, ce qui en soi est déjà remarquable. Même s’il paraît difficile de ne pas voir que Suzanne est en réalité un homme, j’ai trouvé l’acteur plutôt très convaincant, et son personnage travesti m’a rappelé par moments la prestation d’Eddie Redmayne au début de The Danish Girl.

En dépit d’une histoire à rebondissements et de deux protagonistes forts et bien incarnés, j’ai pourtant trouvé le film inabouti. Moi qui avais beaucoup aimé la fraîcheur des Roseaux sauvages, j’ai été vraiment déçue de la réalisation de Téchiné. Je ne m’explique pas que les premières scènes du film puissent être si hachées, de sorte que l’on ne comprend pas ce qui est vrai, ce qui fait partie du spectacle, à quel moment de l’intrigue nous nous situons. Petit à petit les transitions deviennent plus fluides, et sur la fin le film trouve même quelques jolies scènes, plus modernes, notamment lors des chorégraphies où Suzanne passe du bois de Boulogne à la scène du cabaret. J’aurais aimé voir ce côté onirique plus développé, quitte à ce que toute l’histoire de Paul et Louise nous soit montrée par le biais du spectacle racontant leur vie. Mais là, j’ai trouvé l’aller-retour entre leur quotidien et la mise en scène assez mal géré. Les quelques scènes de guerre du début souffrent aussi d’un manque d’ampleur et de réalisme. Résultat, je n’ai pas vraiment réussi à entrer dans l’histoire et à en ressentir toute la portée.

On saluera donc le choix du sujet, la fidélité à la réalité, le jeu des acteurs et quelques audaces qui ne suffisent pas à compenser un global manque de souffle et une esthétique souvent trop classique et sage, en contradiction avec ce que le titre et l’affiche laissaient présager.

14 commentaires sur “« Nos années folles » : un peu trop sage

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    1. Surtout qu’il y a trop de films tentants en ce moment ! Là pour ma prochaine séance j’hésite entre « Le Château de Verre » et « Espèces menacées ».

      1. Je ne vois pas de quels films tu parles, mais « Le château de verre » m’inspire plus (au titre) :p
        Je suis tellement prise par les séries cette année que je n’ai pas trop suivi l’actu ciné !

  1. De mon côté j’y suis allée justement parce que j’ai lu la BD de Chloé Cruchaudet ^^ Et je suis ressortie de la salle un peu déçue, j’ai eu la même impression d’inabouti voir même de baclé. J’ai adoré les scènes dans le cabaret qui m’ont donnée l’envie de plaindre Paul (même si au bout d’un moment j’ai à nouveau envie de lui mettre une tarte) et elles étaient très belles. Mais je n’ai pas compris comment ils avaient pu passer à côté du moment fondateur qui est le Bois, alors que c’est LE moment où Paul prend goût à cette double vie. Non d’un coup on se retrouve avec un travesti totalement heureux et qui assume même sa nouvelle vie sexuelle alors que 5 minutes plus tôt il pleurait encore pour mettre du vernis à ongles –‘ Je trouve que le film a totalement raté ce tournant fondateur et je pense que c’est à partir de là que j’ai pris de la distance. Enfin bon, l’énorme point positif dans tout ça de Céline Sallette qui m’en a mis plein les mirettes 🙂

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