dernieravisavantdemolitionUn vieil ouvrier se remémore la construction de l’immeuble que l’on va démolir, un couple se prépare pour un mariage, un photographe observe les nuages et les arbres, des enfants s’apprêtent à partir en voyage scolaire et un syndicaliste fatigué refuse de céder à la pression du patronat…

C’est un peu par hasard que je suis tombée sur le petit livre de Fabien Maréchal. Je ne connaissais ni l’auteur ni les éditions Antidata, mais, amatrice de nouvelles, j’ai aussitôt tourné quelques pages et, séduite, je me suis plongée dans cette lecture.

C’est la première nouvelle qui confère son titre au recueil. C’est aussi la plus longue (56 pages), et celle qui dicte la ligne conductrice du livre. En effet, s’ils mettent en scène des personnages variés dans des univers différents, tous les textes de Fabien Maréchal ont en commun une certaine atmosphère qui donne à penser que la catastrophe n’est pas loin. Il y a un côté pré-apocalyptique dans ces récits, l’impression que l’orage gronde au loin et ne va pas tarder à tomber sur la tête des personnages. Cette atmosphère de fin du monde s’explique peut-être par des conditions météorologiques peu favorables (comme le froid glacial qui sévit pendant les luttes syndicales de la dernière nouvelle), mais aussi, et plus sûrement par l’état d’esprit des personnages. Tous se sentent comme empêchés, englués dans leur vie, pris par le cours des événements, sans pouvoir échapper à leur destin. L’ouvrier n’a pas choisi que son immeuble soit détruit et ne peut guère l’empêcher, de même que les enfants ne peuvent se soustraire à l’autorité qui les emmène en voyage. Parfois, le pouvoir qui s’exerce prend une forme claire, celle d’une décision extérieure que l’on sait à qui attribuer (un patron machiavélique, par exemple). Mais il est d’autres fois plus sournois et prend alors l’aspect de pulsions étonnantes (photographier les arbres), ou d’actes manqués qui ne peuvent être sans incidence (oublier de nourrir son chat ou d’appeler sa femme).

En dépit de cette atmosphère peu joyeuse, les nouvelles contiennent des moments plus légers, voire drôles, comme le récit de la rencontre entre l’ouvrier et son épouse, ou les réactions du fils du syndicaliste. Le thème de la lutte de classe est d’ailleurs très présent dans le recueil, et constitue lui aussi une sorte de pont entre les textes. On peut y voir une forme d’allégorie, celle d’une résistance qui doit être menée contre l’oppression, même lorsque l’oppresseur semble invincible ou ne peut être décelé. Alors que certains, comme le sympathique François, luttent tant qu’ils peuvent, d’autres, tels que les parents de Richard, ont déjà renoncé.

J’ai retrouvé dans ce livre ce que j’aime souvent dans les nouvelles, un côté abrupt et cruel qui montre qu’à tout instant, une vie peut basculer, en bien ou en mal. Tout tient à si peu de choses que quelques pages suffisent à décrire l’événement fatidique. C’est vraiment la particularité de ce genre littéraire que de condenser le fait marquant, l’anecdote incroyable mais vraie qui transforment une vie. Fabien Maréchal saisit sur le vif ces instants, avec humanité mais non sans un certain cynisme (contrairement à ce qu’affirme la quatrième de couverture). Oui, parfois, l’orage gronde et la foudre frappe. Mais c’est ainsi que le lecteur de nouvelles déguste ses petits plaisirs : courts, noirs, et sans sucre.

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