whiplashAndrew Neiman a un rêve : devenir batteur professionnel. Il se voit déjà en légende du jazz, et pour cela, il doit se faire remarquer par Terence Fletcher, le professeur le plus exigeant du conservatoire… 

Je l’avais raté en salle mais après toutes les critiques positives que j’avais entendues à son sujet, j’étais bien décidée à rattraper Whiplash. Ce film au nom énigmatique (il s’agit en fait du titre d’un morceau de Hank Levy, interprété à de nombreuses reprises dans le film) a créé en 2013 un joli succès surprise au festival de Sundance.

Damien Chazelle adapte ici son propre court-métrage autour d’un sujet peu courant au cinéma, le milieu du jazz, et plus particulièrement la formation des musiciens professionnels. Comme dans toute discipline exigeante, on imagine que l’enseignement doit être long et demander beaucoup d’efforts, mais les situations révélées par le film vont au-delà de ce que l’on pourrait envisager.

En effet, les méthodes de Terence Fletcher font de la musique un vrai sport d’endurance et de combat (on se croirait presque dans Million Dollar Baby !). Afin de faire progresser son poulain, l’enseignant est prêt à utiliser tous les ressorts à sa disposition. Les compliments et encouragements initiaux se font rapidement rares et laissent la place à la pression psychologique, la mise en compétition permanente et la manipulation.

Sur le fond, les avis divergent : certains estimeront que le professeur a eu raison de pousser ainsi son jeune élève à se dépasser, d’autres – dont je fais partie – seront révoltés par ses méthodes peu orthodoxes et soutiendront qu’il y aurait eu d’autres moyens de le faire avancer.

Ce sur quoi tous tomberont sans doute d’accord, c’est sur la qualité du casting. J.K. Simmons (que tout le monde a sans doute déjà aperçu dans un film sans forcément retenir son nom) livre une prestation exceptionnelle dans un rôle antipathique. De son côté, Miles Teller, plus habitué aux grosses productions type Divergente, crée un personnage ambitieux qui sait tantôt se faire plaindre du spectateur et tantôt s’en faire détester. Le tour de force du film consiste à nous tenir en haleine autour de ces deux personnages omniprésents dans le film et qui ne sont pas vraiment sympathiques.

Les personnages les plus touchants sont finalement les rôles secondaires : le père d’Andrew, écrivain raté décidé à soutenir et protéger son enfant contre vents et marées, et la jolie Nicole à laquelle Andrew ne laisse aucune chance de prouver sa valeur.

Visuellement, le film est très réussi, avec un usage du cadrage en gros plan (notamment sur les instruments) particulièrement soigné et une bande-son bien entendue décapante. J’ai simplement regretté la chute, qui nous laisse dans l’expectative quant à la réussite à long terme des projets d’Andrew. Car le vrai génie est rarement l’homme d’une seule performance…

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