couverture-livre-la-découronnéeGuy Mesel s’installe pour quelques jours dans l’appartement de son frère à Viâtre, montée de la Découronnée. Il s’intéresse rapidement à l’histoire de ce logement, pendant que la fille de l’ancien propriétaire s’interroge sur son enfance. Maïa, qui a élevé Guy et son frère, mène elle aussi son enquête… 

Trouver ce livre chroniqué sur mon blog va sans doute vous étonner. En effet, je ne parle quasiment jamais de romans noirs, et pour cause, je n’en lis guère. C’est un genre qui ne m’a jamais spécialement attirée et que je connais très mal. Pourtant, j’ai lu la plupart des livres de Claude Amoz, habituée du genre. Il se trouve que j’ai eu Claude Amoz comme professeur, ce qui m’a donné la curiosité nécessaire pour découvrir son œuvre. Ayant été singulièrement emballée par ses précédents livres, j’ai sélectionné son nouveau roman lors de la dernière Masse critique de Babelio (merci à la super team pour leur choix de plus en plus développé de livres à gagner !).

On retrouve dès les premières pages de ce récit ce qui fait la particularité des romans de Claude Amoz : une ambiance mystérieuse, faite de points de vue entrecroisés, de courts chapitres intercalés dont on ne comprend pas forcément le sens au premier abord, ici les paroles d’une berceuse étrange et des textes hallucinés évoquant la neige et le sel. Il faut de la patience et de la docilité au lecteur pour accepter d’entrer dans ces livres aux multiples personnages, surtout quand, comme dans celui-ci, chacun ou presque dispose d’identités multiples, histoire de brouiller encore davantage les pistes. Guy, mal dans sa peau malade, se fait passer pour son frère parti en montagne, la jeune Camille reprend le temps d’un échange de sms son premier prénom Isabelle… Ces deux personnages centraux du récit fonctionnent comme des doubles : tous deux atteints de problèmes de peau qui sapent leur confiance en eux, victimes persistantes d’une enfance traumatique dont le souvenir flou les hante, mus par le besoin impérieux de savoir, de comprendre, quitte à passer pour des fous, des détraqués.

On est bien chez Claude Amoz, qui se plaît à suivre des personnages écorchés, esquintés, avec un goût particulier pour la misère, la vieillesse, ici incarné par le foyer où travaille Habiba la cuisinière. On n’y croise que des mendiants, des perdus, des vieillards. Caractéristique aussi du style de l’auteur, l’ambiance caniculaire favorable à la déliquescence, à la suffocation et au vertige, qui influe sur les sens des personnages et les rend d’autant plus vulnérables. Le style s’adapte aux différents narrateurs, et sait se couler dans les états d’esprit d’une adolescente perturbée, comme dans le langage bancal d’une vieille femme dont le français, qui n’est pas la langue maternelle, tarit au fur et à mesure que ses obsessions la gangrènent.

Pourtant assez loin de mes lectures de prédilection, cet univers sombre et tourmenté me séduit à chaque fois par son pouvoir d’attraction malsain qui rend la lecture assez addictive. Pour ma part en tout cas, j’ai dévoré le livre en peu de jours, poussée par la curiosité, l’envie de savoir comment tout cela allait finir (on n’est pas ici dans ces polars grand public où l’on sait que tout rentrera forcément dans l’ordre à la fin). La fin du livre, justement, m’a un peu laissée sur ma faim, car elle résout le mystère premier sans apporter de clôture nette aux intrigues croisées, laissant le flou persister sur l’avenir de la plupart des personnages. Comme s’il suffisait de donner au lecteur la réponse aux questions du passé. J’aurais bien aimé en savoir un peu plus sur la façon dont les personnages allaient, ou non, découvrir ce que le lecteur finit par comprendre, et sur leurs éventuelles réactions. Mais cette fin relativement ouverte permettrait à l’auteur de retrouver ses personnages pour un autre tome, après tout… En tout cas, personnellement, je ne serais pas contre, car il me semble qu’il reste encore suffisamment de matière à exploiter chez ces personnages cabossés.

Moins glauque que certains des précédents livres de l’auteur, plus proche de la littérature générale, ce titre peut constituer une bonne entrée en matière pour qui souhaiterait découvrir son style et sa finesse dans l’analyse psychologique des esprits tourmentés.

babelio

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