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couverture-livre-en-cas-de-bonheurJean-Jacques et Claire sont ensemble depuis huit ans et s’ennuient, alors, sur les conseils de son ami Édouard, Jean-Jacques décide d’avoir une aventure avec sa stagiaire, Sonia. Se demandant ce qui lui arrive, Claire embauche un détective, Igor, pour suivre son mari…

Ce petit roman de David Foenkinos me faisait de l’œil depuis des années sur mes rayonnages, et je l’ai plusieurs fois emmené avec moi en voyage en me disant que son format poche et son titre léger en faisaient une lecture parfaite pour la plage. Et puis non, à chaque fois j’ai trouvé autre chose à lire avant, et En cas de bonheur est retourné attendre sagement dans ma bibliothèque.

J’ai profité du thème choisi par Lisa pour le Club de lecture du Pingouin vert de juin (un roman léger, estival), pour exhumer ce livre qui me semblait correspondre à la description sans tomber dans la bit-lit, genre avec lequel j’ai beaucoup de mal.

Au final, comme souvent chez Foenkinos, j’ai trouvé le récit plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. Derrière un chassé-croisé amoureux sur fond d’agence de détectives, façon vaudeville, l’auteur cache une réflexion habile sur la routine dans le couple et sur les différents types de relations amoureuses, de l’amour conjugal à l’aventure qui flatte l’ego, en passant par le partenaire « de consolation ».

On ne peut pas dire que le sujet soit neuf, il est d’ailleurs conforme à la veine explorée par l’auteur dans la plupart de ses livres (je pense notamment au Potentiel érotique de ma femme ou à Je vais mieux). Mais il y a dans la dextérité de l’auteur à manier la narration quelque chose de rafraîchissant, avec toujours un ou deux retournements de situation qu’on n’avait pas vus venir.

En compagne de Jean-Jacques et Claire, personnages lambdas comme on en connaît tous, j’ai passé un moment très agréable, entre le plaisir addictif de la lecture d’un roman facile à suivre, et une certaine profondeur de réflexion, presque comme une parabole.

Moi qui n’ai pas tellement aimé Charlotte, le livre qui a permis à David Foenkinos d’accéder au rang d’auteur choyé par la critique, lui qui avait débuté comme romancier à succès populaire, je me suis plutôt réconciliée avec son style fait d’aphorismes décalés et de dialogues bien tournés. Avec En cas de bonheur, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans les autres récits de l’auteur, avant ses velléités d’hommage et de sérieux. Certes, malgré une analyse parfois fine des relations de ses protagonistes, ce livre manque de l’émotion et de l’originalité stylistique de La délicatesse, qui reste à mes yeux le chef-d’œuvre inégalé du romancier, avec ses chapitres digressifs intercalés et ses personnages plein de vie et originaux. C’est sans doute ce qui manque à ce roman-ci, des personnages un peu plus hauts-en-couleur. Et en même temps, c’est aussi un signe distinctif des livres de Foenkinos, ce goût pour les personnages en demi-teinte, un peu blasé, un peu loser, qui se sentent perdus dans leur vie et que l’auteur va aider à trouver un chemin pour aller mieux.

Reste un petit roman fort agréable et vite lu (ce qui après le pavé qu’est L’âme des horloges était pile ce dont j’avais besoin), qui donne envie de se replonger dans la bibliographie de son auteur comme on aime retomber sur les objets de son enfance.

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