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chaleurComme tous les ans en Finlande se tient à Heinola le championnat du monde de sauna. Niko, le Finlandais, star du porno de profession, affrontera une fois encore le Russe Igor, ancien militaire bien décidé à battre cette année son rival de toujours…

 Étonnamment, je n’avais jamais entendu parler de Joseph Incardona, auteur et réalisateur suisse, avant ce roman. Mais depuis le succès d’En attendant Bojangles, je porte un intérêt particulier au catalogue de Finitude. Leur partenariat avec Anne & Arnaud, mes fournisseurs réguliers de bonnes lectures contemporaines, m’a enfin permis de découvrir une de leurs parutions.

Les premières lignes du récit m’ont plutôt fait sourire, car l’auteur s’amuse à promener son lecteur dans une digression autour du nom de la ville accueillant les championnats, ce qui lui donne l’occasion d’aborder dès la première page l’univers du cinéma pornographique. Cette entrée en matière iconoclaste n’a en fait que peu de rapport avec le reste de l’histoire, si ce n’est que l’un des protagonistes est lui-même acteur dans ce milieu. Mais là où l’auteur annonce la couleur, c’est sur le côté décalé et absurde de cette affaire de championnats de sauna.

Le plaisir du lecteur, si tant est qu’il aime autant que moi l’ironie et l’étrangeté, grandira encore s’il apprend que toute cette histoire assez invraisemblable est en fait directement inspirée d’un fait réel. En 2010, en Finlande, les championnats de sauna ont vécu leur dernière édition, marquée par un décès lors de l’épreuve finale.

Certes, connaître l’anecdote peut tuer le suspense, mais on n’est pas tellement dans la veine du roman à suspense ici, plutôt du côté d’une noirceur dont on ne sait pas si elle fascine ou dérange.

À la fois drôle, triste, bizarre, glauque et sublime, l’intrigue oscille en permanence entre la tentation du tragique, la pureté des intentions confinant à l’absolu, la rivalité teintée de respect entre deux grands héros prêts à se sacrifier pour la beauté du geste, et le trivial, le ridicule, ramenant cette mort réelle à ce qu’elle est : une fin digne des Darwin Awards.

Le style réussit assez bien le grand écart entre ces deux pôles, avec parfois des élans de lyrisme qui ne m’ont pas toujours emportée, notamment lors des scènes dans le sauna. J’ai repéré quelques bizarreries, surtout vers la fin (un titre de chanson en anglais traduit une fois sur deux, ce qui perturbe un peu la compréhension), mais dans l’ensemble j’ai adhéré à la plume originale de l’auteur, qui m’a donné envie de savoir comment les protagonistes allaient parvenir à la fin que l’on sait.

Sans être attachants, les personnages, tous aussi fous les uns que les autres, chacun dans son genre, sont suffisamment pittoresques pour retenir l’attention et éviter d’être confondus. On croise aussi bien des actrices de films X qu’une cadre frigide phobique de l’avion, un candidat prêtre qu’une journaliste nymphomane. Pour tous, le point d’ancrage est le corps, celui qui désire et qui jouit, mais aussi qui souffre dans la maladie ou le martyre. La chaleur, comme un révélateur, exacerbe les sensations et les instincts, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’humain dans les chairs transpirantes… ou qu’il ne reste justement que l’essence de l’humain… qui sait ?

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