« Pourquoi les oiseaux meurent » et les hommes divaguent

couverture-livre-pourquoi-les-oiseaux-meurentLe narrateur, un certain Pouchet, a entamé une thèse qui n’en finit pas et cherche un sens à sa vie. L’annonce de chutes d’oiseaux morts dans la ville de son enfance le pousse à descendre la Seine à bord d’un bateau de croisière, en quête d’une explication…

Intriguée par la maison Finitude depuis le succès d’En attendant Bojangles, j’avais eu l’an dernier l’occasion de découvrir le roman finlandais Chaleur, dont j’avais apprécié l’originalité du sujet (un concours de sauna). C’est encore une fois la bizarrerie du résumé de Pourquoi les oiseaux meurent qui m’a attirée vers ce livre. Je remercie donc Anne & Arnaud de m’avoir permis de satisfaire ma curiosité !

J’ai entamé mes lectures de la rentrée littéraire avec ce titre qui avait tout pour me plaire : un premier roman français d’une petite maison indé, avec une couverture particulièrement soignée (dessin en couleurs d’Adolphe Millot façon dictionnaire illustré). Je craignais par contre le côté autofiction : les points communs entre l’auteur et son narrateur sont flagrants (à commencer par le nom). Je voyais planer au-dessus de ce roman la menace du récit de vie d’un trentenaire parisien paumé avec ses problèmes de bobo (façon Fascination du pire).

On ne peut pas dire que le narrateur soit si loin de l’archétype. Après sa rupture avec Anastasie, il s’englue dans son indécision et son incapacité à trouver un sens à sa vie. Sa thèse végète comme une plante sans tuteur et il la fuit autant que les lettres paternelles qui ne sont que ressentiment.

Mais tout de même, il y a ces oiseaux qui tombent du ciel, et offrent au récit une dimension plus poétique que pittoresque, et quelques pages d’érudition ornithologiques qui valent le détour. D’associations d’idées improbables en croquis reproduits au fil du texte, le roman se détache de la quête de sens intime et emprunte des chemins de traverse pour mieux y revenir. On ne comprend pas toujours bien où Victor Pouchet veut en venir, mais on se laisse bercer par le roulis du Seine Princess, les mélodies de Cheval, l’enthousiasme de Jean-Pierre pour ces histoires d’oiseaux crevés. Dommage que la jolie Clarisse, unique personnage féminin du récit, n’acquière pas plus de consistance, car on a l’impression qu’elle aurait eu des choses à raconter sur sa vie nomade. Peut-être dans une suite ?

Mais plutôt que d’explorer le futur amoureux potentiel du narrateur, l’auteur a choisi de nous faire remonter sa filiation tout aussi conditionnelle avec Félix-Archimède Pouchet, vrai biologiste du XIXe siècle, et rend un hommage touchant à cette figure oubliée.

Décousu, divaguant, le récit ne va pas à la facilité et retombe toujours sur ses frêles pattes de river-trip mélancolique. C’est étrange comme on aime, par moments inspiré, bref, ça promet !

Trois questions à… Victor Pouchet

J’ai contacté Victor Pouchet via son compte Twitter (où il parle aussi d’oiseaux).

  •  Votre narrateur porte le même nom que vous, Victor Pouchet. Ce roman est-il donc inspiré de faits réels ?

Le nom du narrateur apparaît en effet dans le roman, à la faveur de plusieurs coïncidences d’une enquête qui se transforme peu à peu en une quête plus intime, sur l’origine et la filiation notamment. Cependant, son prénom n’est pas donné : c’est un Pouchet sans prénom fixe, ce qui me permet (c’est peut-être lâche, mais tout de même) de laisser entendre une proximité avec l’auteur, mais imparfaite, peut-être imaginaire, en tout cas reconstruite. Ce trouble me plaît et explique un peu le rapport aux faits réels qui m’a guidé dans l’écriture du livre. Comme le dit quelque part Stendhal, qui savait que tout est plus chic en anglais : the imagination alone is impossible. Les pluies d’oiseaux morts ont bien eu lieu. Toutes les anecdotes que je raconte dans le livre, depuis les pigeons kamikazes rêvés par un ingénieur au service de l’armée américaine jusqu’à la grande campagne de Mao pour exterminer dix millions de moineaux friquets en 1958 sont vraies, etc. (J’aurais été à vrai dire incapable d’inventer des histoires aussi invraisemblables.) Mais la fiction vient se mêler à ces faits attestés, pour les recharger, les relancer, leur donner de la force. Et inversement. Il me semble qu’on a besoin à la fois de science et de magie, de fiction et de réalité, et on passe ainsi nos vies réelles à raconter des histoires. C’est un constat de lecteur : il est des contes de fées bien plus « réalistes » que pas mal d’autofictions.

  • Pourquoi avoir choisi de consacrer ce livre en particulier aux oiseaux ? Qu’est-ce qui chez cet animal vous intéressait spécifiquement ?

Eh bien, les oiseaux et les pluies d’oiseaux me sont littéralement tombés dessus. Je m’intéressais plus largement aux animaux depuis pas mal de temps, de façon tout à fait non spécialiste : j’avais commencé une forme de bestiaire-autoportrait où j’essayais de raconter quelques-unes de mes obsessions à travers des figures animales (méduses, lapins, saumons, etc.), et je suis tombé sur ce fait divers qui a eu lieu dans plusieurs endroits du monde, dans le Colorado et en Suède notamment, et est devenu la première phrase du roman : « Il avait plu des oiseaux morts ». J’ai placé ces pluies en Normandie dans le village où le narrateur a passé son enfance. En poursuivant l’enquête que ces pluies inauguraient, je me suis rendu compte qu’un certain nombre de choses me reliait aux oiseaux. C’est étrange un oiseau, non ? Et encore plus lorsque cet oiseau perd ce qui constitue son essence : sa capacité à voler. Je me sentais appelé par ces figures, et plus largement par le motif de la chute.

  • Peut-on imaginer que votre prochain livre sera la suite des aventures de Victor Pouchet ?

Ce serait drôle ! Mais si le projet qui m’occupe arrive à son terme, ce ne sera pas une suite, mais un roman assez différent, dans son intrigue, ses personnages, sa géographie. Je rêve d’un roman d’aventures familial et juridique, avec des petits mafieux bavards et des grandes tragédies silencieuses. Cela dit, j’aime les livres qui permettent à l’auteur de se réinventer par la fiction et au lecteur de rêver l’auteur masqué derrière ses personnages, comme chez Philip Roth par exemple. Par ailleurs, je ne suis pas sûr d’être capable de faire autrement. Il se peut donc qu’un personnage proche du narrateur de mon premier roman, qui avance dans la vie comme s’il était embarqué dans une aventure qui le dépasse un peu mais le requiert totalement, réapparaisse. Espérons tout de même — pour moi — qu’il aura grandi, qu’en lui la proportion variable de légèreté et d’inquiétude aura évolué, et que le poids qui pèse sur ses épaules aura pris d’autres apparences.

Un grand merci à Victor Pouchet pour ses jolies réponses et son intérêt pour le blog.

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