Étiquettes

le-garçonfiletUne fille dévouée s’occupe de sa vieille mère dans un petit village. Leur quotidien est rythmé par les habitudes et ponctué de petites chamailleries ordinaires jusqu’à ce qu’elles croisent un jeune garçon dans une fête foraine…

Ce qui m’avait attirée dans ce récit, outre le fait qu’il s’agisse d’un premier roman, ce qui attise toujours ma curiosité, c’est la promesse du campement gitan où vit le garçon du titre. En effet, ce milieu particulier qu’est la vie nomade, celui des gens du voyage, a été jusqu’ici peu exploité en littérature, alors qu’il recèle certainement de nombreuses histoires dignes d’être racontées.

Je m’attendais donc à une confrontation des mondes, entre cette mère et sa fille vivant plutôt isolées dans un village de la France profonde, comme on dit, et ce jeune garçon habitué à un mode de vie différent fait de voyage et de communauté.

Malheureusement, le récit a déjoué mes attentes et ne m’a pas servi ce que j’attendais. Car s’il est bien question d’un campement, celui-ci n’est en aucun cas au centre du récit, qui tourne autour des caravanes dans sa deuxième partie sans qu’une réelle rencontre ait lieu avec leurs habitants. Les gens du voyage ne sont ici que des silhouettes de garçons athlétiques qui jouent au volley dans la poussière, ou de mamas préparant la cuisine en souriant de toutes leurs dents en or.

Cela dit, le roman d’Olivia Resenterra n’est pas inintéressant, mais sur un autre sujet : la relation mère-fille. Dans ce couple de femmes, qui vit en autarcie presque complète, ne recevant que quelques voisins à intervalles espacés, nul place pour les hommes. Seules, recluses, les deux femmes se sont repliées sur leur lien de sang comme une bouée à laquelle se raccrocher. Car on comprend assez rapidement que, contrairement à ce qu’une voisine ignorante prend pour une complicité qui fait plaisir à voir, leur relation est davantage basée sur un sentiment de dépendance réciproque qui incite à la haine plus qu’à l’amour. Fragilisée par l’âge qui la fait chuter et limite ses déplacements, la mère a besoin de sa fille pour la seconder dans les gestes du quotidien, faire ses courses, lui servir de soutien quand elle veut se promener, l’emmener en voiture à tous ses rendez-vous à la banque ou chez le médecin. Quant à la fille, si elle reste, c’est sans doute moins par dévouement que parce qu’elle n’a nulle part ailleurs où aller. Vieillissante, se sentant grosse et laide, elle n’a pas l’idée de rencontrer un homme pour construire une vie de couple. Et puis pour partir, il lui faudrait de l’argent, donc un travail…

L’apparition quasi fantomatique du garçon n’est donc que l’élément déclencheur qui révèle les failles grandissantes de la relation de ces deux femmes et déséquilibre leur routine. D’une manière mystérieuse, il les pousse à dépasser leurs habitudes pour réfléchir à la possibilité d’une autre vie.

J’ai bien aimé les descriptions des personnages, cette vie lente et placide de la campagne où les enfants jouent le soir au milieu de la route, où les voisins s’inquiètent des habitants de la maison d’à-côté, mais où l’on s’ennuie parfois et où les commérages vont bon train. Assez amer, le récit propose une réflexion intéressante, quoiqu’un peu décousue.

Publicités