letudianteetmhenriContre l’avis de son père maraîcher, Constance quitte Orléans pour poursuivre ses études à Paris. Elle déniche une chambre chez un vieil homme acariâtre mais, fauchée, elle doit accepter le marché qu’il lui propose en échange d’une exonération de loyer : tenter de séduire le fils de M. Henri…

J’ai une certaine tendresse pour l’œuvre d’Ivan Calbérac en général, qu’il s’agisse de son roman Venise n’est pas en Italie ou de ses films comme Irène ou Une semaine sur deux (et la moitié des vacances scolaires). Toujours fin pour décortiquer les complexités de toute relation familiale, le réalisateur place au cœur de sa pièce à succès le rapport du père à ses enfants.

J’avais entendu parler du projet d’adaptation au cinéma par Ivan Calbérac lui-même, que j’avais pu rencontrer grâce à Babelio au moment de la sortie de son livre. Malheureusement je n’avais pas eu le temps d’aller découvrir le film à sa sortie en salles, j’ai donc dû attendre la diffusion sur Canal + pour le rattraper.

Rapidement, le film nous plonge dans l’ambiance des difficultés de la vie des jeunes étudiants aujourd’hui : Constance visite des chambres minuscules et hors de prix et doit accepter de partager l’appartement d’un vieil homme désagréable qui lui impose tout un tas de règles de vie communes. J’ai bien aimé le tempérament de la jeune Constance (Noémie Schmidt, que l’on peut retrouver dans Versailles), tel qu’il est présenté dès les premières scènes : une jeune fille un peu perdue, maladroite et étourdie, qui panique lors des examens et ne sait pas trop quoi faire de sa vie, mais dotée d’un certain aplomb et d’une spontanéité qui la rendent sympathique au spectateur. Dans la suite du film, j’ai trouvé un peu dommage que la maladresse de la jeune fille disparaisse peu à peu, car cela aurait pu donner lieu à plus de scènes comiques.

En effet, si certaines scènes sont vraiment drôles, en particulier dès lors qu’apparaît Frédérique Bel, méconnaissable dans son costume de bourgeoise catho naïve et coincée, le rire ne semble pas être le but premier du film qui mise avant tout sur la réflexion concernant la communication entre générations et sur une tonalité émouvante. Car dès que Constance se met au piano, le long-métrage prend une nouvelle tournure : aux gags du début succède la comédie dramatique qui, en révélant les failles de chacun des personnages, et en particulier de M. Henri, incarné avec justesse par Claude Brasseur, les rend plus humains et donc plus objets d’empathie que de rire.

Bien sûr on n’échappe pas aux bons sentiments typiques de ce genre de films où la dureté apparente cache en fait un fond de gentillesse et où la méchanceté n’existe pas vraiment. Toutefois, pour en arriver là, on suit avec plaisir et curiosité les péripéties qui émaillent le chemin de Constance, tiraillée entre l’affection qu’elle éprouve pour Paul, le fils d’Henri, et son devoir de le pousser à quitter son épouse, selon la volonté d’Henri, au risque de se faire jeter dehors, puisqu’elle n’a pas les moyens de payer son loyer. La responsabilité du père qui, en refusant de financer les études de sa fille, la pousse à des combines malsaines, fait écho à l’histoire de la jeunesse de Paul qui a souffert du manque de reconnaissance paternelle.

La fin aurait pu tomber dans le cliché, mais, si l’attendu se produit bel et bien, offrant la caution d’émotion nécessaire au spectateur, son traitement assez expéditif a le mérite de ne pas chercher à faire pleurer dans les chaumières, ce que j’ai trouvé intelligent. Quant à l’avenir de Constance, il reste heureusement assez ouvert, car une résolution trop optimiste aurait à mon avis relevé de l’utopie et gâché la tonalité en demi-teinte du film, qui décidément préfère le mineur, le doute et l’entre-deux à l’éclat du majeur qui aurait tranché plus définitivement entre rire et émotion. Un choix judicieux qui poursuit la veine des meilleurs films d’Ivan Calbérac.

 

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