« Une famille inquiète » : mes racines sont famille

Dans une famille en apparence aimante et sans problème, pèse le poids du handicap de la fille aînée, des troubles psychologiques du cadet et de la maladie de la mère…

En 2006, il était difficile de passer à côté de Repenti, le premier album de Renan Luce, qui comportait notamment les singles « La lettre » et  « Les voisines ». Au fil des disques et à mesure que la durée entre eux s’est allongée et que les ventes d’albums physiques se sont effondrées, le jeune chanteur incontournable est devenu un homme discret, dont la tournée du dernier opus a subi de plein fouet la crise du covid.

Après un spectacle avec au piano son frère aîné Damien, le chanteur breton continue à livrer un peu de son histoire familiale, cette fois-ci sous la forme d’un témoignage écrit. Dans Une famille inquiète, s’il ne nie pas sa profession d’artiste dont il est parfois question au fil des pages, Renan Luce se place surtout comme benjamin d’une fratrie de trois. Enfant joyeux, solaire, bon élève mais un peu dilettante dans son apprentissage de la musique, comparé au sérieux passionné de son frère, le petit gamin qui s’est cru longtemps protégé par le fait d’être le dernier se retrouve à l’âge adulte confronté à de lourdes problématique de santé dans son entourage qui l’obligent à devenir plus attentif et empathique.

Ce qu’il nous livre sur papier, ce sont ses pensées et ses doutes, ses culpabilités et ses élans affectueux envers ses proches, mais aussi la retranscription de scènes du quotidien, lors de visites de sa famille à Paris où lui et son frère résident la plupart du temps, de vacances dans sa maison en Bretagne ou de réunions familiales à Perpignan où ses parents et sa sœur se sont installés. Brossant un portrait toujours tendre de ses proches, le chanteur n’hésite pas pour autant à livrer une grande part de leur intimité, les dépeignant aussi bien en larmes qu’en colère et levant le voile sur les problèmes de santé aussi bien physiques que psychiques qui peuvent affecter chacun des membres de la famille. On peut parfois se sentir mal à l’aise face à l’évocation des multiples tentatives de suicide de son frère ou de la disparition nocturne de sa sœur lors de laquelle elle a vécu un événement manifestement grave et traumatique.

On perçoit dans cette entreprise une volonté de briser une image peut-être un peu lisse du type gentil aux chansons inoffensives, qu’on n’imaginait pas forcément aux prises avec de telles difficultés familiales. L’évocation du handicap de Claire est l’occasion d’une réflexion sur le manque d’accompagnement des aidant(e)s au quotidien et la crainte toujours présente dans les familles dont un membre ne peut devenir autonome : que deviendra-t-il/elle le jour où les parents ne seront plus là ?

En dépit de la gravité des thématiques abordées, qui justifie le titre de l’ouvrage, ce petit livre recèle aussi des moments plus doux et légers, en particulier du côté des souvenirs d’enfance, à l’école ou avec son frère, de la découverte de la musique et des premières compositions ensemble. Le souvenir marquant et enthousiaste du premier concert lors de la fête de la musique constitue l’une des plus belles pages du récit, dont le style est par ailleurs très sobre, moins joueur que celui des paroles de ses chansons.

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