« I Love Greece », cher pays de mon enfance

Marina a atterri en Grèce avec Jean, son amoureux, et s’apprête à retrouver sa famille, sa maison d’enfance, et les Cyclades pour le mariage de sa cousine. Premier problème, Jean a perdu son téléphone dans l’avion…

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice gréco-britannique Nafsika Guerry-Karamaounas a choisi de revenir sur les traces de ses origines, en centrant son intrigue autour de l’archipel des Cyclades et d’une maison de famille.

Tout commence comme une de ces sempiternelles « comédies de vacances », qui sont souvent l’occasion des mêmes blagues éculées sur la vie de couple et de famille, et on peut craindre quelques instants de se retrouver dans une pochade à la Premières vacances. Heureusement pour nous, l’écriture de la jeune cinéaste, si elle n’est pas toujours hilarante, et d’ailleurs le film n’est pas tant que ça une comédie, évite les lourdeurs. Non seulement on ne tombe jamais dans le vulgaire ou le scato, alors que l’hypocondrie et le stress de Jean auraient pu y verser facilement, mais, fait rare, aucune histoire de tromperie, d’adultère, de trahison ne vient troubler le couple le principal, ni même les personnages secondaires.

Ce qui fait l’originalité relative de I Love Greece, c’est justement à quel point ses personnages composent une famille normale. C’est-à-dire non pas conforme à des normes sociales inatteignables mais humaine, sincère, unie par un amour visible en dépit des crises possibles. La révolte de la mère, fatiguée de faire à manger pour tout le monde, alors même qu’elle a toujours semblé prendre plaisir à cuisiner pour satisfaire ses proches, est emblématique de l’ambivalence désormais connue du rôle maternel, liée à la charge mentale. On apprécie en particulier d’avoir un personnage masculin principal (Vincent Dedienne) qui assume d’être stressé par son travail, de douter, de ne pas toujours déborder de libido, et on y retrouve quelque part les failles qui avaient déjà rendu attachant Adrien dans Le Discours. Face à lui, Stacy Martin a travaillé pour être crédible en expatriée grecque ne rêvant que de retour au bercail, mais découvrant une fois sur place les ravages de la crise.

Le cinéma grec n’en finit pas de trouver mille et une façons de révéler au monde à quel point la crise économique et la rigueur imposée par l’Europe ont délabré le pays et causé la ruine de nombreuses familles de classes moyennes. Après Broadway qui présentait une Athènes entre buildings et lieux de culture à l’abandon, le film de Nafsika Guerry-Karamaounas fait de la vente de la maison familiale le fil rouge de son intrigue. D’un côté, il y a Marina, toute empreinte des souvenirs de la Grèce de son enfance, savourant les glaces locales et les préparations culinaires maternelles, exécutant une danse rituelle pour le mariage de sa cousine, tout entière absorbée par la réelle beauté des paysages mêlée à sa vision fantasmée, de l’autre, ses parents et sa sœur, qui ont vu cette image d’Épinal péricliter, et n’ont désormais d’autre alternative que la précarité ou le départ. C’est en cela que le film n’est pas tellement une comédie, car son sujet de fond est bien mélancolique et social.

Mais la cinéaste a su l’habiller de la fantaisie de ses personnages, des petites anicroches qui animent les couples au quotidien, de péripéties comme il en arrive toujours en vacances, à commencer par la perte du téléphone ou les bêtises des enfants. Esthétiquement, la réalisation propose quelques trouvailles, quelques bons placements de caméra comme lors de la conversation des deux sœurs baignant la petite fille, quelques heureux raccords de montage. Ça reste un premier film, qui manque peut-être encore un peu d’une identité dans la narration et le style, mais propose un portrait honnête d’une famille grecque d’aujourd’hui, ou le mariage entre le couple d’acteur/trice francophones et les comédien(ne)s locaux/ales fonctionne relativement bien. Si vous n’avez pas pu partir en vacances en Grèce, consolez-vous en découvrant les galères que vous avez évitées, et en apprenant à connaître ce pays par cette visite guidée qui ne s’attarde pas sur les lieux touristiques, mais révèle plutôt la réalité des locaux.

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