« Bonne mère » : Marseille sortie de la mère

Nora jongle entre ses enfants et petits-enfants, dont un fils en prison, son travail de femme de ménage pour une compagnie aérienne et celui d’aide à domicile pour une personne âgée qu’elle aime comme sa grand-mère…

Bien qu’il ne soit pas son premier long-métrage, et suive le remarqué Tu mérites un amour, ce Bonne mère est le film qu’Hafsia Herzi portait en elle depuis longtemps. Inspiré de sa propre enfance, choyée par une mère modeste mais dévouée dans les quartiers Nord de Marseille, le long-métrage est un portrait sous forme d’hommage vibrant.

D’abord, un hommage à la mère du titre, Nora. C’est le tout premier rôle d’Halima Benhamed, femme digne et discrète repérée alors qu’elle accompagnait sa fille au casting. Il a fallu la main du hasard pour que la réalisatrice trouve l’interprète de son personnage principal, en même temps que celle de Sabah. Mère et fille se donnent la réplique avec un naturel évident, mais Halima Benhamed est aussi crédible en mère de deux grands fils dont les rodomontades attirent les ennuis (Malik Bouchenaf et Mourad Tahar Boussatha), en grand-mère d’un ado sage et d’une petite fille adorable. La famille, c’est le pilier de Nora autant que son fardeau. C’est pour elle que la mère sacrificielle trime dans les avions ou chez Vivianne, la vieille femme fan de Frédéric François dont elle s’occupe l’après-midi. La caméra suit Nora partout dans son quotidien, l’observe dans ses gestes sûrs malgré la fatigue, dans sa solidité mais aussi dans ses rêveries mélancoliques, ses regards lointains qui cherchent l’espace de respirer. Hafsia Herzi s’affranchit du voyeurisme à la Kechiche, par exemple dans les repas davantage centrés sur les conversations que la mastication, mais conserve le goût pour les visages saisis de près, comme dans un plan volé de documentaire. Et pourtant non, l’image est trop soignée, la lumière naturelle trop douce et dorée pour cacher le prisme de la fiction, celle qui magnifie cette (trop ?) bonne mère et fait d’elle le symbole de la maternité dévouée. Pourtant, dans les dialogues, la douceur de Nora n’exclut pas le caractère, voire un mélange d’agacement et de lassitude face à sa progéniture. Bruyants, querelleurs, égocentriques, inconséquents, les enfants de Nora semblent n’avoir pas fait leurs les valeurs de leur mère, profitant de son énergie et de sa générosité avec avidité et, le plus souvent, ingratitude. Ce sont deux générations qui s’opposent, celle qui a appris la valeur du travail, la pénibilité endurée en silence, le cumul des boulots pour survivre, les rituels et prières pour espérer, doucement, des jours meilleurs, sans un mot plus haut que l’autre, et celle qui ne veut pas se contenter d’une petite place, qui a faim d’argent et de plaisirs, qui veut faire entendre sa voix (comme à travers le rap de Saaphyra). Pour autant, la caméra ne les juge jamais, se contente de nous les présenter, et de nous montrer les conséquences de leurs actes. C’est le miroir de la réalité, celle d’un environnement spécifique, les cités des quartiers Nord de Marseille.

Car la Bonne Mère du titre c’est aussi Notre-Dame-de-la-Garde, silhouette droite et lumineuse qui semble veiller sur la ville comme Nora sur les siens. C’est dans un appartement vide d’un immeuble du quartier où elle a grandi que la cinéaste a posé ses caméras, désireuse de rendre compte de la vraie vie d’un quartier souvent réduit à ses faits divers. Certes, il y a la violence, qu’on devine sans jamais vraiment la voir, les trafics de drogue, qui font leur apparition dans une scène aussi inquiétante que surprenante, les dealers traitant Nora avec une déférence non feinte, la précarité partout. Mais aussi l’affection en dépit de la promiscuité et de l’exiguïté des habitations, l’espoir et la joie de vivre, l’ambition jusqu’aux toits terrasses des immeubles d’où l’on embrasse tout ce qu’on rêve nous appartenir. Il y a les femmes qui n’ont pas peur d’employer leur corps pour soumettre les hommes à leurs besoins pécuniers, et les hommes prêts à arracher au vol ce que la société ne leur a pas donné. Et puis il y a cette jeune génération prometteuse, qui se dresse dès l’enfance contre les conflits et écrit des poèmes empreints d’amour filial. La diversité des parcours, réaliste et sans cliché, l’authenticité d’une famille capturée par les yeux d’une enfant du quartier, avec simplicité et humanité.

 

 

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