Festival Côté court 2021 – rétrospective partie 3

Un monde sans femmes

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Patricia et sa fille Juliette arrivent en Picardie pour une semaine de vacances à la mer. Elles se lient avec leur logeur, Sylvain, et semblent attirer la convoitise de tous les hommes de la petite station balnéaire…

Avec un titre pareil, on s’attendrait à une dystopie, un univers violent à la Light of my life. Pourtant, les femmes, elles sont bien présentes, vivantes, solaires, dynamiques, dès la scène d’ouverture qui les présente prenant possession des lieux face à un logeur – Vincent Macaigne, qui reprend son personnage de Sylvain du court-métrage Le Naufragé – discrètement empoté. Comme toujours au premier abord l’exubérance de Laure Calamy emporte tout sur son passage. Ce « monde sans femmes », c’est le personnage du gendarme qui le définit alors qu’il lui tourne autour sans subtilité : une région qui voit peu « d’étrangers/ères » s’implanter, où la plupart des gens se connaissent de longues dates et où les mariages se font jeunes. Pour les hommes célibataires venus s’installer tardivement, ou ceux qui n’auraient pas convolé dans la vingtaine, les femmes deviennent une denrée rare. Oui, une denrée, c’est le terme car malgré les dénégations, on sent bien ce vieil atavisme d’assouvissement et de possession animer les individus mâles. Il y a l’absence de subtilité de ce constat, et quelque chose de criard dans la parade amoureuse des hommes auxquels Patricia répond de bon cœur pour s’amuser, refusant pour autant que le jeu atterrisse dans la chambre à coucher. Sa fille, déjà grande (Constance Rousseau, pleine de grâce), sert tantôt d’alibi pour échapper, tantôt de complice dans les manœuvres. Mais comme souvent chez Guillaume Brac, le statut de « personnage principal » est tout relatif. Celles et ceux qui occupent l’espace par leur comportement extraverti intéressent au fond moins sa caméra (16 mm en pellicule, un grain tout doux comme le sable blond) que les discrets, les timides, les laissés-pour-compte de la danse de la séduction. Les « gens qui doutent » comme les chantait Anne Sylvestre, ceux qui sont un peu ridicules quand ils se dandinent en boîte, qui ne savent pas exprimer leurs sentiments, celles qui acceptent la plupart du temps de rester au second plan, qui voudraient juste qu’on les laisse rêver tranquilles en attendant de vivre. Et puis parfois, dans ce monde où finalement les femmes sont aussi seules que les hommes, le miracle éphémère de la rencontre.

La grève des ventres

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Clara, sage-femme, et sa copine Lise décident d’initier un grand mouvement de protestation aux problèmes de la société : la grève des ventres. Tant que rien ne sera fait pour progresser, les femmes cesseront d’enfanter…

Troisième court de Lucie Borleteau avant son passage au long, La grève des ventres démontre l’intérêt de la réalisatrice pour des parcours féminins qui tentent de s’extirper des codes. Plus tard, ce sera l’Alice qui s’embarque au milieu des matelots du Fidelio ou la nounou qui tente de sauver les apparences dans Chanson douce. Pour l’heure, Clara et Lucie, amies et amantes, décrètent qu’elles n’auront pas d’enfant tant que le monde n’ira pas mieux. Les musiques additionnelles portent leurs revendications en surimpression des images de manifestations, qui alternent avec des témoignages face caméra façon documentaire, élargissant le spectre des personnes de genre féminin qui refusent de porter un enfant. Le traitement de ce sujet encore trop tabou emballe, puis l’on bascule dans la petite histoire, celle des deux femmes qui créent avec des hommes de passage des triangles amoureux éphémères. Jusqu’à Alexandre (Arthur Harari) qui séduit Lise (incarnée par la cinéaste) au point de lui donner envie de trahir ses idéaux. Si la suite est mignonne, elle n’est ni à la hauteur de la proposition cinématographique du début, ni au niveau de la promesse politique initiale. On salue quand même l’idée du trouple, encore assez rare au cinéma, et la présence solaire et marquante de Sara Rastegar, qu’on aimerait voir plus souvent sur nos écrans.

Vous voulez une histoire ?

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C’est un téléphone qui sonne, mais qu’y a-t-il au bout ? Un homme qui raconte une histoire, celle de deux filles dans un train, dont une est rousse.

Cette histoire, est-ce une blague, une histoire drôle ? Entre ce téléphone vintage qui sonne et le « fuck you » qui s’inscrit à l’écran, on pourrait croire à un canular. Antonin Peretjatko souffle le chaud et le froid avec ce court-métrage fait d’images comme volées au réel, assemblées au gré d’une histoire qui semble improvisée. Sa voix, assourdie comme au téléphone, raconte le train, les voyages, les femmes, réelles ou fantasmées. On n’y comprend pas grand-chose, on a l’impression que le cinéaste s’est essayé à « une seconde par jour » avant l’heure, produisant un genre de journal intime. Petit à petit, l’histoire se mue en ode au voyage, géographique et intérieur, avec la métaphore de l’océan un peu donneuse de leçon. Il y a de l’idée, mais difficile d’entrer dans le trip un peu trop égotique.

La terre penche

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Thomas retourne dans la station balnéaire où il a passé ses étés d’enfance pour vendre une maison de famille. Il tombe sur Lucas, un vieux copain, et rencontre Adèle, agente immobilière, qu’il a croisée à l’adolescence…

Artiste autant que réalisatrice, Christelle Lheureux offre avec ce moyen-métrage une variation douce autour d’une rencontre. Au départ, on se croirait dans une classique chronique de bord de mer, avec le retour d’un enfant du cru, un petit rade où on recroise comme par hasard un copain de jeunesse, une vieille maison pleine de souvenirs à vider, et comme par hasard l’agente immobilière est une connaissance, et la voilà qui propose une baignade sur un coup de tête. Mais alors qu’on croit savoir où tout cela nous mène, le réel s’emmêle avec les projections de Thomas. Cette conversation intime après l’amour sur la plage, a-t-elle eu lieu ailleurs que dans son esprit ? Et qu’en est-il des retrouvailles avec Lucas ? Des méduses dessinées toutes blanches apparaissent en surimpression des rues désertes le temps d’une ellipse, donnant à la station balnéaire un charme de film d’épouvante. Qu’est-il arrivé à Lucas pour qu’il ne vienne pas ? Et à l’ex d’Adèle ? Les fantômes rôdent, jusque dans le restaurant chinois où ils s’immiscent dans le subconscient de la jeune femme qui s’endort partout. Entre rêve éveillé et siestes impromptues, réalisme et fantastique, l’air égaré et tendre de Thomas Blanchard et les petits rires étonnés de Laetitia Spigarelli font merveille pour nous attacher à ce duo gauche et touchant.

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