« Fidelio, l’odyssée d’Alice » au pays des marins

Alice accepte une mission de remplacement sur le Fidelio, un navire sur lequel elle a autrefois fait ses classes. Elle laisse derrière elle son compagnon Félix, mais retrouve à bord son ancien chef et premier amour fou…

Avant de se confronter à l’adaptation de Chanson douce, avec un certain succès, Lucie Borleteau avait été remarquée derrière la caméra avec son premier long, Fidelio, l’odyssée d’Alice. À première vue, assez peu d’éléments relient ces deux œuvres. La deuxième s’appuie sur le texte très fort de Leïla Slimani et lui rend justice grâce à un casting ébouriffant et quelques trouvailles (la scène des poulpes), mettant en lumière le parcours d’une femme devenue monstrueuse à force d’humiliation, de solitude et de souffrance. Le premier devait d’abord être un documentaire autour d’une figure de femme dans la marine marchande, inspirée par une connaissance de la réalisatrice, avant de devenir une fiction aux enjeux troubles.

Ce qui les unit, c’est sûrement la volonté de mettre au centre et de donner toute la place à une femme hors de standards. Si Alice ne commet aucun crime sanguinaire, elle reste une figure ambiguë dont le désir de liberté constitue une façon de braver les normes de la culture patriarcale, comme les hommes du film ne manquent pas de le lui faire remarquer. Impossible donc de parler du long-métrage sans s’attarder sur cette figure féminine et son interprète Ariane Labed. L’actrice franco-grecque est assez fidèle à elle-même, avec ce rôle de femme solide et déterminée dans un milieu d’hommes où elle ne semble pas souffrir de l’absence de compagnie de son genre. Comme dans Voir du pays, elle est celle par qui le scandale arrive, parce que la gent masculine ne supporte pas sa sensualité et sa liberté sexuelle. Il y a évidemment un propos féministe à observer les réactions des mâles qui s’offusquent qu’une jeune femme choisisse de coucher avec tel ou tel, pour une escale ou plus, alors qu’eux-mêmes n’ont aucun problème à faire de même, à raconter leurs passes dans chaque port et exhiber leurs photos pornographiques.

C’est dommage, peut-être, qu’il soit si difficile de comprendre Alice et ses motivations, alors qu’il y avait de bonnes bases dans le scénario pour en faire un personnage fort. Mais chaque discours est contredit par des actes, chaque promesse ou déclaration sonne faux, et l’on n’a l’impression que, non contente de n’être fidèle qu’à elle-même, ce qui constituait un prisme intéressant et en cohérence avec le nom du bateau, Alice n’aime aussi qu’elle-même.

Autour d’elle, les mâles ne sont que des insectes attirés par sa lumière, des occasions de produire de l’érotisme parfois bon marché, à l’instar des scènes avec Melvil Poupaud : le renversement de la métaphore de la subordonnée sous le bureau en une Alice savourant un cunnilingus sur la table manque clairement de subtilité.

 

Reste l’intérêt pour le bateau, les plans sur les machines grinçantes et vétustes qui donnent au film une certaine atmosphère, et le profil d’Alice se découpant sur le grand large en scope, quelque chose comme une déclaration à l’infini de l’horizon. Dommage que cette soif d’absolu n’infuse pas suffisamment les enjeux du scénario.

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