« Seize printemps » : tout le monde sauf moi ?

Suzanne s’ennuie au lycée avec les gens de son âge. Devant le théâtre de l’Atelier, dans son quartier, elle repère un acteur qui semble s’ennuyer lui aussi et développe une fascination pour lui…

On avait entendu parler du premier film de Suzanne Lindon au moment de la parution de la liste labellisée Cannes 2020 en se disant « pourquoi pas ? ». Dans l’idée, l’adolescence est un âge propice à des questionnements riches, mais dans les faits, en France, les films sur ce sujet tournent souvent à la comédie bourrée de clichés façon LOL. À l’aune de ce type de métrage, ce que l’on peut apprécier chez le personnage de Suzanne, c’est sa singularité, sa sensibilité et son esprit qui la rendent inadéquate par rapport aux jeunes de son âge. Suzanne n’aime pas la bière et préfère le diabolo grenadine, s’ennuie dans les soirées, lit Boris Vian, mettrait 5/10 à tous les garçons du lycée. On dirait un personnage d’Emmanuel Mouret, mal à l’aise en société, regardant le monde en coin, attendant que quelque chose de la vie survienne dans son existence routinière. Mais finalement tou(te)s les adolescent(e)s n’attendent-ils/elles pas que cela, de commencer à se sentir vivre vraiment ?

Sans être extraordinairement original dans son intrigue, un peu vintage pour avoir été écrite par une jeune femme d’aujourd’hui, le film a un charme presque suranné, une élégance un peu maladroite qui s’exprime dans les scènes dansées, le plus libre épanchement des sentiments de personnages que la parole ne satisfait pas. Suzanne Lindon s’est écrit un joli rôle d’ado intemporelle en plein bouillonnement émotionnel, quelque part entre La boum et L’effrontée, et offre à Arnaud Valois une partition pudique et délicate. Un amour entre une jeune fille mineure et un homme de 35 ans, on voyait les écueils se rapprocher dangereusement autour de ce sujet, mais le film les esquive d’un petit pas de côté, faisant taire les appels de la chair au profit d’une version contemporaine de l’amour courtois, au son d’une BO délicate signée Vincent Delerm. On est plus dans le compagnonnage d’esprit et la tendresse que dans une relation amoureuse au sens commun du terme, ce qui ne rend pas vraiment le métrage problématique, mais ne justifie pas non plus les saillies dans la presse autour des prédateurs et des victimes, la réalité se montrant souvent bien plus crue que cette fiction.

Le film est imparfait, pas totalement dénué d’ennui, et un peu trop auto-centré comme une œuvre de jeunesse, mais avec un certain cachet et un mélange d’élégance, de fraîcheur et de franchise qui donne quand même envie de voir la suite.

2 commentaires sur “« Seize printemps » : tout le monde sauf moi ?

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  1. Je l’ai vu dans quotidien la semaine passée j’ai aimé son charme et sa fraîcheur un peu vintage… je regarderai le film avec plaisir parfait pour cet été

    1. Ah ça lui a valu beaucoup de critiques apparemment ce passage télé. Je n’ai pas vu, après je lis certains propos dans la presse qui me semblent très hors sol (sur le féminisme notamment) mais le film n’est pas scandaleux pour autant.

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