« Cosmos », dernière expérience de l’absurde

Witold rencontre Fuchs alors qu’ils cherchent une pension pour une semaine. L’un doit réviser pour ses rattrapages, l’autre fuit des ennemis de son milieu professionnel… 

Movie Challenge 2021 : un film expérimental

Après quinze ans d’absence, Andrzej Żuławski repasse une dernière fois derrière la caméra en 2015. Pour ce film-testament, sorti seulement quelques mois avant son décès, le cinéaste polonais rend hommage à un compatriote, Witold Gombrowicz, dont Cosmos était aussi la dernière œuvre de fiction. Pourtant l’idée n’émanait pas du réalisateur, mais de son producteur Paulo Branco, qui lui suggère cette adaptation, après La Fidélité qui s’inspirait de La Princesse de Clèves.

Le casting, hétéroclite, est composé au gré de rencontres et recommandations. L’intrigue, originellement située dans la Pologne du XXe siècle, est déplacée au XXIe, dans un lieu imprécis. Les ressortissants polonais deviennent des Français, le narrateur étant originaire de la région de Grenoble. On ne peut pas dire que le changement d’époque ait des conséquences majeures sur le récit : dans le lieu isolé où il se déroule, la vie semble avoir fort peu changé. Deux éléments sont cependant notablement divergents du roman. D’une part, alors que le Witold du livre apparaît comme un double de l’auteur jeune, celui du récit est un jeune homme dont la mère apprécie les œuvres de Gombrowicz, d’après qui elle l’a nommé. On le voit toutefois prendre en note frénétiquement en caractères géants les pensées que lui inspirent les situations étranges qui se produisent, sur le MacBook air qui renferme ses secrets. Mais vers la fin de l’intrigue, le jeune homme n’évoque par un avenir de romancier, plutôt de scénariste, comme si du double de l’auteur, il fallait en faire un pseudo double du cinéaste. Autre point d’évolution : dans le roman, quasiment aucun élément extérieur à la famille Wojtys et son petit monde n’est évoqué, à peine les parents de Witold ou le supérieur de Fuchs. À l’inverse, le film prend un malin plaisir à saturer l’espace de références culturelles : ce sont des plans qui tombent en arrêt sur une bande dessinée de Black et Mortimer, la mention d’un volet de Star Wars qui vient de sortir, des discussions sans fin entre les deux locataires sur leurs goûts en littérature et en cinéma, et les résonnances de ces œuvres avec les événements qu’ils traversent. Le personnage de Fuchs, incarné par Johan Libéreau, est probablement celui qui tire de l’adaptation la plus grande révolution : grand dadais pâle obsédé par le harcèlement professionnel qu’il subit, agaçant vaguement Witold, il devient un petit farceur boute-en-train qui semble prendre plaisir à aller en découdre un soir sur deux, devient le confident de Witold qui visiblement lui a tapé dans l’œil, et se prend pour un personnage de Pasolini avec de grandes ambitions séductrices, qui s’abattent sur la pauvre domestique de la maison.

Avait-on besoin d’ajouter cet aspect sexuel au personnage ? Non certes, car l’obsession érotique était déjà bien présente dans le livre. Mais le film semble avoir pour objectif de pousser les curseurs à l’extrême et de proposer une vision exagérée jusqu’à en devenir hystérique voire épileptique. Le couple Balmer-Azéma est grotesque, lui renversant tout sur son passage et semblant profondément idiot, elle oscillant entre hurlements aigus et blocages soudains dans l’une ou l’autre position hasardeuse, comme attendant qu’on rappuie sur « play ». Léna s’écarquille de tout ce qu’elle peut, ricane d’un rire fou, ne sait pas se tenir. Quant à Witold, il a en permanence l’air halluciné, parle seul à voix haute, est pris de crises de tremblements aussi soudaines que surjouées. On est dans un genre de petit théâtre des horreurs où rien ne prend. Ni les mouvements brusques de caméra visant à surtout ne jamais nous laisser observer posément ce qui se passe, avec une passion pour la contre-plongée gratuite, ni la qualité d’image et la direction d’acteurs/trices qui donnent l’impression d’un court amateur, ni la musique digne d’un vieux téléfilm érotique. Quand on en vient à bout, on n’est même plus surpris par la double fin montée à la serpe en alternant à chaque minute les deux possibles. On a compris que le but était de « faire expérimental », et certes le roman l’était déjà en son genre, mais en rajouter ne sert qu’à le rendre ridicule et à en ôter la substance, celle qui fait douter de la réalité et de la folie des personnages, pas qui nous les surligne à l’encre fluo.

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