Festival de Deauville 2020 – vendredi 11 septembre

On poursuit aujourd’hui les découvertes de la compétition ainsi qu’une première d’un film labellisé Cannes 2020.

« Giants being lonely » – en compétition

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Bobby et Adam jouent dans l’équipe locale de baseball, les Giants, mais l’un rencontre le succès alors que l’autre déçoit son père le coach…

Auréolés des belles surprises d’Angoulême (Slalom et Cinquième set), les films liés au sport me font de l’œil ces temps-ci, d’où, pourquoi pas, un long-métrage autour d’une équipe de baseball. Mais les scènes vraiment relatives au sport sont minoritaires et assez anecdotiques dans le film, qui utilise cette équipe pour agréger des personnalités masculines écorchées. Parmi la jeune génération, Bobby et Adam, deux blonds aux cheveux mi-longs que j’ai passé la moitié du film à confondre (et pour ne rien arranger, même les noms de leurs interprètes se ressemblent : Jack Irvine et Ben Irving). Il faut dire que le film zappe les présentations, nous mettant directement face à des scènes de leur vie quotidienne, courtes et sans paroles la plupart du temps. Ce côté très contemplatif qui dure environ la moitié du film ne réussit pas à nous faire saisir qui sont les personnages ni entrer en empathie avec eux. L’expérience sensorielle n’est pas désagréable mais reste un peu superficielle. Petit à petit, tout de même, une intrigue se resserre à mesure que l’on prend conscience que la famille d’Adam est bien plus dysfonctionnelle encore que celle de Bobby, réduite à un père déprimé depuis le départ de son épouse. Le coach incarne la masculinité toxique dans tous ses clichés, réduisant au silence une épouse qui subit et un fils qu’il torture dans son garage sous prétexte de l’endurcir. L’atmosphère se fait pesante à mesure qu’on voit approcher le dénouement, qui devient prévisible. La fin qui se veut choc ne suffit pas à compenser le manque de fonds de ce film pas impérissable.

« Uncle Frank » – en compétition

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Betty, 14 ans, a toujours apprécié que son oncle Frank s’intéresse à elle et à ses opinions d’adolescente. Lorsqu’elle part à l’université à New York, où il enseigne, elle a l’occasion d’apprendre à mieux le connaître…

Le nouveau film d’Alan Ball, plus connu comme showrunner de Six Feet Under que pour ses expériences cinématographiques, était l’une des grandes attentes de la compétition, et aussi des miennes, même si je ne sais pas partie des inconditionnel(le)s de la série. C’est surtout la thématique qui m’intéressait, autour du coming out dans les années 70. Paul Bettany m’a semblé méconnaissable sous les traits de ce prof de fac assez discret en famille (il fait dire que j’avais surtout de lui l’image de sa prestation en Chaucer dans Chevalier), mais très investi dans l’éducation de sa nièce Betty. C’est par le regard et la voix de la jeune fille (Sophia Lillis) que nous découvrons cette famille américaine assez conforme aux stéréotypes, où dénote le fameux oncle Frank. Le film met en lumière avec une certaine douceur la découverte par Betty (devenue Beth) de l’univers de son oncle : d’abord ses lectures, puis son bureau, et de façon plus franche et colorée son appartement et son compagnon Wally (Peter MacDissi), qui apporte une tonalité enjouée au film. Sans être extraordinairement novateur, le récit entremêle le passé de Frank avec des flashbacks sur son adolescence, révélant son premier amour et l’origine du malaise avec son père, et le présent, lors du décès de celui-ci. Alan Ball s’appuie sur son point fort, sa capacité à développer des personnages bien écrits, touchants et nuancés. Tout le casting est à la hauteur, et la mise en images est soignée, avec de beaux plans aux lumières dorées (les flaschbacks sont particulièrement esthétiques). En dépit de sa tonalité globalement douce et bienveillante, le film n’esquive pas les sujets douloureux liés au coming out : l’outing forcé, les réactions de rejet souvent fondées sur des principes religieux, le poids de l’homophobie intériorisée. Les amateurs de Six Feet Under devraient apprécier la plongée dans cette famille où l’affection et la détestation se mêlent de même que la douceur et le tragique. Un bon candidat pour le Prix du Public ?

« Rouge » – sélection Cannes 2020

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Après un drame à l’hôpital où elle travaillait, Nour est embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où son père travaille depuis 30 ans. Alors que l’autorisation de rejet de déchets doit être renouvelée, une journaliste enquête sur l’usine…

L’acteur et réalisateur de comédie Farid Bentoumi change de registre avec ce long-métrage du côté du drame social. Abordant un sujet lié à l’écologie, le film est bien dans les préoccupations actuelles et c’est sans doute son premier point fort, le second étant d’avoir choisi des pointures pour donner vie à des personnages sur le papier pas forcément très creusés. Zita Hanrot est toujours aussi investie, dans un rôle un peu plus physique et tendu que ce qu’on l’avait vu interpréter jusqu’ici. Sami Bouajila et Céline Sallette complètent un podium de personnages principaux pas foncièrement attachants, mais tous tenus par des dynamiques fondées sur des conceptions éthiques qui ne peuvent cohabiter. L’intrigue n’est pas inintéressante en ce qu’elle met en tension l’attachement familial, la volonté de préserver des emplois, les préoccupations écologiques et sanitaires et pose la question : comment devient-on lanceur/euse d’alerte ? Si la réalisation est assez propre, elle manque tout de même d’intensité, de même que le montage. La scène du prélèvement des rejets est hélas un peu brouillonne, quand elle aurait dû constituer un climax éprouvant, et la résolution bien rapide. On peut aussi regretter l’absence totale de développement des personnages secondaires et du background (l’entourage de la journaliste, la mère de Nour…). Au final, le film ne réussit pas à se démarquer par rapport à la tradition du cinéma social français, un peu trop tiède dans son exécution sur un sujet qui se veut brûlant.

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