« Sale bourge », violence héréditaire

affiche-film-sale-bourgePierre est l’aîné d’une fratrie de six. Il grandit dans un milieu bourgeois très aisé mais très malsain, où la violence verbale et physique est quotidienne envers les enfants…

J’avais repéré ce livre dans le programme de rentrée de Flammarion à cause de son titre sous forme d’insulte, mais aussi en tant que premier roman. J’ai toujours une curiosité particulière pour les premières œuvres publiées, parfois imparfaites mais souvent porteuses de beaucoup de promesses.

Le récit s’ouvre, de façon assez cinématographique, par la fin, c’est-à-dire la condamnation du protagoniste pour violences conjugales. Je ne m’y attendais pas et cet incipit a constitué une sorte de barrière qu’il m’a fallu franchir pour entrer dans le récit : comment, en tant que femme, s’attacher à un personnage qui ainsi commis l’irréparable ? Comment voir en lui autre chose qu’un de ces trop nombreux salauds ordinaires ?

Face à cet écueil dangereux, Nicolas Rodier prend un parti-pris fort, celui d’un récit à la première personne, où Pierre fait part lui-même de son histoire. On ne le dira jamais assez : toutes les personnes qui subissent des traumatismes d’enfance ne deviennent pas violentes ou problématiques, et ce qu’on a subi n’est jamais une excuse pour faire subir aux autres. Il n’empêche que le roman, chronologiquement découpé, ne fait que mettre en lumière les faits. Il y a la première génération, celle des grands-parents, dont ne reste qu’une grand-mère catégorique et caractérielle. Puis la mère, qui multiplie les crises de nerfs, et le père, qui fait la sourde oreille et ne relâche pas la pression des attentes élevées placées en ses enfants. L’ensemble produit un mélange de coups, de menaces, de chantage, de brimades en tout genre, dont les conséquences sur la fratrie sont désastreuses, puisque plusieurs des enfants se retrouvent à l’orée de l’âge adulte en proie à des troubles psychologiques.

Pierre a au moins cela pour lui, qu’il ne cherche pas à rejeter sa faute sur les autres, et est lui-même bien convaincu du mal qui le ronge et de celui qu’il cause, quand bien même sa famille se mettrait soudain à le soutenir et à débiner sa victime. Pour autant, le roman ne fait pas vraiment signe vers un espoir de mieux, rappelant fermement que les auteurs de violences conjugales sont fortement enclins à récidiver.

Bien peu de lumière, beaucoup d’ombres et de coups portés par des phrases courtes, acérées, dans ce récit dont on dévore la noirceur d’une traite. C’est un livre qui met en colère, qui donne envie de secouer tout un système qui ferme les yeux, un système de pouvoirs publics, de familles influentes, d’écoles privées, qui encage les jeunes gens dans une violence qu’ils intègrent comme une partie de leur héritage, des comportements délétères comme une consanguinité cachée mais à l’œuvre dans leur sang et leur esprit pour les pourrir, et les pousser à engendrer de nouvelles générations toujours aussi persuadée de détenir les codes du monde et rongés par une enfance tout sauf heureuse. On a tellement tendance à associer la délinquance, les délits, le fait de frapper à défaut de mots pour s’expliquer, à des milieux modestes, dans un vieux réflexe classiste, que ce récit est nécessaire. La mauvaise éducation, celle qui empêche de grandir épanoui et serein, mais barde de séquelles pour l’avenir, on peut la trouver partout, y compris derrière les foulards Hermès et les bérets de louveteaux (ce qui ne sera d’ailleurs pas une surprise pour quiconque ayant fréquenté ces milieux).

2 commentaires sur “« Sale bourge », violence héréditaire

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  1. Je l’ai repéré et j’ai hâte de me le procurer car pour une fois une parle d’envers du décors, ce qui se trame derrière les apparences et c’est un thème qui me plait ! Et puis un premier roman…

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