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couverture-livre-l-ecliptiqueElspeth Conroy, dite Knell, vit depuis dix ans à Portmantle, une résidence secrète pour artistes désespérés au large de la Turquie, et tente de terminer une peinture murale, lorsqu’y débarque Fullerton, un adolescent taciturne…

J’attendais ce livre avec ferveur depuis que j’avais découvert le premier roman de Benjamin Wood. Le Complexe d’Eden Bellwether avait été un vrai coup de cœur et reste un de mes romans préférés de ces dernières années.

Forcément, mes attentes envers L’écliptique étaient donc très élevées. Je remercie d’ailleurs les éditions Robert Laffont qui ont subi mon enthousiasme et ont accepté ma proposition de partenariat autour de ce livre.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le style de l’auteur, même si cela fait toujours bizarre d’évoquer le style lorsqu’on parle d’une œuvre traduite – je salue une fois encore le traducteur Renaud Morin, qui avait déjà traduit Le Complexe d’Eden Bellwether, pour son très beau travail. On ressent vraiment la patte de l’auteur dans le texte et le style est très plaisant. Benjamin Wood sait comme personne habiter ses personnages jusque dans leur façon de penser, leur culture, leur érudition même, en conservant pour chacun une façon de s’exprimer particulière. D’un point de vue intellectuel, lire un de ses romans est un plaisir car il y a matière à se cultiver et à réfléchir. D’un point de vue narratif, tout cet arrière-plan culturel rend ses personnages d’autant plus complexes, riches et attachants.

Ici, on suit Elspeth alias Knell, une peintre vieillissante d’après elle, en fait dans la trentaine, qui se plaît en compagnie de ses amis artistes (le romancier Quickman, la dramaturge MacKinney, l’architecte Pettifer) et tente d’achever depuis dix ans une peinture murale pour une école d’astronomie. L’objet de son labeur donne au roman son titre mystérieux : l’écliptique, c’est la trajectoire que semble parcourir le Soleil du point de vue de l’observateur terrestre, alors même que nous savons que le Soleil est immobile et que nous tournons.

Si au début j’étais étonnée de suivre un récit assez linéaire, j’ai compris peu à peu que l’auteur était toujours aussi fort dans la maîtrise du déroulement d’une intrigue. Il réussit par exemple à interrompre l’histoire à un moment crucial pour nous dévoiler toute la jeunesse de son personnage principal, et crée ainsi un enchevêtrement de tensions narratives : qu’est-il arrivé à Fullerton et pourquoi ? Knell retrouvera-t-elle Jim, le peintre dont elle a été l’apprentie à ses débuts ?

J’ai trouvé Knell vraiment touchante dans son intégrité artistique, sa passion pour son art, sa persévérance, sa créativité. C’est un très beau livre sur l’obsession artistique, la façon dont une idée fixe peut hanter un artiste jusqu’à ce qu’il réussisse à la réaliser. Mais Knell est aussi attachante en tant que femme, amicale, attentive, dévouée, solitaire aussi, fragile et en même temps résistante. Le roman est en cela aussi un très beau portrait féminin.

Et bien sûr, avec une fin surprenante, mais on n’en attendait pas moins de Benjamin Wood, qui confirme avec ce roman son talent singulier. Vivement le troisième !

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