couverture-livre-vue-sur-la-mereDepuis sa naissance, la mère de Julien a toujours été omniprésente, donnant son avis sur tout, accompagnant les sorties scolaires et suscitant d’innombrables disputes. Il lui rend hommage…

Ce tout petit livre (moins de 100 pages) traînait dans ma bibliothèque rouge depuis plusieurs années, je l’avais parfois emporté dans ma pile de vacances, et pourtant je ne l’avais jamais ouvert. Entre deux lectures de la rentrée de septembre, il a trouvé sa place pour continuer à nourrir le blog cet été.

Vite lu, forcément, il n’en sera pas pour autant forcément vite oublié. Vrai roman comique comme on en fait peu, avec des gags très visuels, des dialogues théâtralisés, des jeux de langue, le récit de Julien Almendros (toute coïncidence dans le nom des personnages n’en serait pas une) m’a procuré des éclats de rire. Mention spéciale à ce sujet pour le passage sur les chiens de la famille (vazizouzouille !). Léger dans le style, ce livre dynamique se lit comme une suite de sketches. Si l’on a cru assister à un one-man-show littéraire, le narrateur se mettant en quatre pour nous faire marrer, il se fait vite voler la vedette par l’indéniable talent de sa mère pour tout ramener à elle et se mettre en scène.

Cris, pleurs, mauvaise foi, punitions machiavéliques, tout concourt à nous surprendre de page en page et nous faire réagir. On rit, bien sûr, des frasques de la figure maternelle lorsqu’elles sont ridicules, mais en filigrane, se dessine un constat plus amer, celui d’une femme perpétuellement angoissée et insatisfaite, qui considère la vie comme une forêt touffue peuplée d’ours titanesques et terminant sur un mur infranchissable. Il a dû en falloir du recul à l’auteur, qui prétend dans l’épilogue qu’il a déformé un peu, mais rien inventé, pour réussir à traiter sur un plan humoristique une situation qui l’est en réalité nettement moins.

Non contente de l’avoir étouffé (et presque physiquement à la naissance), la mère a pourri la relation que son fils aîné entretenait avec son père, en rabaissant perpétuellement celui-ci, et a pesé comme un fardeau sur la vie amoureuse du jeune homme. Alors certes, comme le souligne le narrateur, on n’est pas en présence d’une Folcoche qui battrait ses enfants, et le traitement malsain des enfants à ceci de rassurant qu’il est équitable, le cadet en prenant aussi pour son grade.

Mais tout de même, par instants, entre deux rires, on se demande si l’on a bien raison de s’amuser de cette femme qui semble relever davantage de la psychiatrie que du spectacle humoristique.

Chacun a les thérapies qu’il peut, une façon de dédramatiser sans doute, et ma foi, dans la veine des livres-médicaments, on a déjà vu bien pire que ce petit ouvrage mené allegretto.

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