couverture-livre-dire-au-revoirDire au revoir à un amour qu’on aurait pu vivre, à une famille qu’on aurait pu connaître, ou plus couramment, à un malade qui va s’éteindre, à ses collègues en partant à la retraite, au conjoint dont on se sépare. Pas facile le temps des adieux…

Entre Gaël Faye et Raphaël Haroche, tous deux couronnés de prix pour leurs débuts en littérature, cette année semble être placée sous le signe de la croisée entre musique et œuvres littéraires. Quant à moi, c’est le recueil de nouvelles de Gaëtan Roussel, la voix de Louise Attaque, qui m’a tentée lors de sa sortie.

Déjà, je tiens à souligner le travail graphique de Flammarion, qui a opté pour un format plus petit que pour ses titres ordinaires, agrémenté de dessins très élégants de Charles Berberian sur la couverture. Tout de suite, l’ombre-oiseau de cette fille pieds nus qui dégageait un certain mystère, ça m’a donné envie d’entrer dans le recueil

Les textes sont courts et pourtant, en quelques pages, en quelques lignes, l’auteur prend le temps d’installer son style. Un style musical, on s’y serait attendu, qui fait la part belle aux jeux d’échos et de reprises. Souvent, la répétition permet la variation, et on se croirait presque dans le poème de Verlaine « Mon rêve familier » : « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre »… Les phrases de Gaëtan Roussel sont comme les femmes aimées du poète, elles composent un réseau de glissements sémantiques qui peu à peu dévoilent le sens de la séparation présentée en quelques lignes, l’état d’esprit du narrateur

Certes, le procédé est un peu répétitif au fil des textes, mais les histoires qu’ils esquissent, malgré leur thème commun, sont suffisamment variées pour surprendre le lecteur, le faire voyager dans des ambiances différentes et lui faire ressentir des émotions diverses. L’ensemble est dominé par une grande élégance et une certaine nostalgie, rien de violent, car c’est ce qui m’a frappée chez ces personnages confrontés à des adieux parfois définitifs, parfois à sens unique, parfois imposés : jamais de colère, juste de la résignation. Comme si dire au revoir, c’était toujours plus ou moins accepter la perte, la séparation, la nécessité que la vie continue quand même.

Parmi ces textes il y en a heureusement quelques-uns d’un peu plus légers, j’ai bien aimé notamment le retraité qui écrit son discours d’adieu multilingue en espérant être définitivement débarrassé de ses collègues.

J’ai lu ce petit recueil presque d’une traite, dans un avion, en quittant une ville que j’avais eu trois jours pour découvrir et qui m’a beaucoup marquée. C’était sans doute le lieu et le moment idéal pour rencontrer les mots de Gaëtan Roussel, et la rencontre a eu lieu. À se demander si tous les voyageurs ne devraient pas glisser Dire au revoir dans leurs bagages…

Publicités