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affiche-film-victoriaVictoria, jeune madrilène fraîchement installée à Berlin, rencontre un groupe de jeunes hommes à la sortie d’une boîte de nuit. Ils lui proposent de lui faire visiter la ville telle qu’elle ne l’a jamais vue et l’entraîne dans un périple nocturne…

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Je n’avais pas forcément ce film en tête pour cette catégorie, mais lorsqu’il est passé sur arte, une de mes sources officielles de rattrapage de films, je me suis souvenue qu’il m’avait intriguée lors de sa sortie au cinéma. Il faut dire que depuis Birdman, je me suis prise d’un intérêt particulier pour les plans-séquences. Je trouve cette façon de filmer particulièrement immersive et impressionnante de dextérité. Même si, dans les faits, beaucoup de ces fabuleux plans-séquences sont des faux, avec des coupes cachées (c’est le cas à certains moments dans Birdman, mais aussi de l’ouverture de La La Land, entre autres).

Or Victoria a la particularité d’être un vrai plan-séquence. Autrement dit, les 138 minutes de film sont tournées en une seule fois. Une prouesse que je devais absolument visionner. Et finalement, passées les premières minutes, j’ai peu à peu oublié la technique. Car le film sait nous plonger dans une atmosphère qui embarque le spectateur au point de ne plus prêter attention au mouvement de la caméra qui, fluide, suit les personnages dans leur errance. Sombre dans l’ensemble, l’ambiance est par instants électrique, et crée une tension chez le spectateur. En tout cas pour ma part, j’ai craint dès le début que les jeunes hommes ne causent du tort à Victoria, et l’absence de méfiance de la jeune fille m’a étonnée. Je m’attendais presque à une scène de viol. Mais peu à peu, j’en suis venue à penser que Sonne (Frederick Lau) et sa bande étaient plus immatures et saouls que méchants. Et pourtant une forme de tension perdure jusqu’au petit matin, lorsque l’intrigue se met réellement en place. Vers le milieu, le film souffre de quelques longueurs, une fois que l’inquiétude première s’est dissipée et qu’on se contente d’assister aux pérégrinations du petit groupe sur les toits de la capitale allemande. Mais le film bascule ensuite dans un thriller énergique et glauque qu’on avait vu venir mais qu’on pensait s’être éloigné.

Cette construction un peu étrange qui part de l’angoisse pour nous y replonger, après un centre mou (excepté la très jolie scène où Victoria joue du piano, sans doute la plus touchante du film), est compensée par la vitalité des acteurs. J’ai été ravie de retrouver une partie du casting de La Vague (Frederick Lau et Max Mauff, aussi vu dans Sense8), et c’est sans doute la présence de ces acteurs qui m’a fait songer que l’histoire risquait de mal tourner. Si son interprète a pris quelques années, on retrouve en Sonne quelque chose de Tim, le jeune maladroit prêt à commettre toutes les folies pour prouver sa valeur. Laia Costa, surtout, crève l’écran, dans ce personnage de jeune fille téméraire jusqu’à l’absurde, prête à tout sacrifier pour des gens qu’elle vient de rencontrer, désireuse de fêter encore et encore l’adrénaline nocturne, comme pour rattraper ces années d’entraînements musicaux si sérieuses.

Qu’importe si l’ensemble a quelques faiblesses, et si j’ai vu venir la fin, il y a dans ce film un sentiment d’urgence et des fulgurances intéressantes, qui font oublier que Sebastian Schipper réalise là un tour de force technique.

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