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lamourhorssolJeunes, Frédéric et Alexia se sont haïs puis aimés. Vingt ans plus tard, libérés des devoirs conjugaux et familiaux, ils se retrouvent et décident de vivre leur passion à l’écart de leurs vies respectives, en se rejoignant dans des hôtels…

Ce qui m’avait séduite dans ce roman, c’est avant tout son titre, à mes yeux l’un des plus poétiques de cette rentrée littéraire. J’y voyais une métaphore intéressante, se déployait dans mon cerveau l’image de ces fleurs qui racinent dans presque rien, un peu d’eau seulement, et qui éclosent dans des vases suspendus. Je trouvais l’idée moderne et élégante, et j’ai songé que ce premier roman pouvait peut-être apporter un éclairage neuf à ce topos cent fois réécrit du roman d’amour passionnel.

D’emblée, les personnages m’ont un peu étonnée. Je les imaginais à la fois plus juvéniles, plus aériens, sans doute portée par la métaphore du titre, moins ancrés dans une réalité matérielle, encombrés de tenues vestimentaires d’un goût douteux et d’un passé banal. J’aurais, je crois, aimé que les personnages eux aussi nous soient donnés hors sol, abstraction faite de leurs identités respectives. Du coup, j’ai eu un peu de mal à éprouver une forme d’empathie pour Frédéric, le narrateur, et Alexia, qu’on pourrait appeler la femme de sa vie s’il ne l’avait pas complètement occultée pendant vingt ans.

Ce qui m’a plu assez vite, c’est le découpage en chapitres ayant pour titre des noms d’hôtels où les amants se retrouvent de temps à autre. Leur itinéraire dessine une sorte de Carte du Tendre retournant sur les lieux de leur amour de jeunesse, réinvestissant avec un œil plus avisé des chambres parfois métamorphosées par le temps où ils rechercheront les traces de leurs souvenirs. Mathias Lair a soigné la description des lieux, que le lecteur peut sans peine s’imaginer, ce qui est presque contradictoire avec l’énoncé d’un amour vécu hors repères spatio-temporels.

D’une plume très littéraire, n’hésitant pas à s’embarquer dans des références érudites (la poésie du Moyen-Âge par exemple), l’auteur emmène le lecteur dans les jeux érotiques des deux amants sans jamais devenir obscène. J’ai apprécié son sens de la retenue, qui le fait s’arrêter quand il le faut, ne pas sombrer dans la vulgarité, moi qui ne suis aucunement adepte du roman érotique tel qu’on le trouve en masse aujourd’hui, écrit sans finesse. Ici, tout est presque trop fin, trop lettré, trop réfléchi. Comme si le narrateur se psychanalysait lui-même pendant ses ébats, ce qui n’est certes pas le meilleur moyen d’en profiter.

Finalement, le roman s’est révélé assez différent de ce que j’en attendais, car j’ai trouvé assez vite que le petit jeu d’Alexia et Frédéric devenait stérile, pour ne pas dire immature. S’aimer à l’hôtel quand on pourrait sans difficultés s’engager dans une vie à deux, soit, chacun son choix, mais y a-t-il vraiment là matière à un livre ? Et puis, alors que je commençais à me demander où l’auteur voulait en venir, ses personnages ont eu la brillante idée de partir en vacances. Loin de sa belle, retiré dans une demeure isolée près de Vence, Frédéric devient un autre homme, capable de dépasser le cercle vicieux rebondissant d’hôtel en hôtel et de jouissance en questionnement. Atteint d’une sorte d’extase métaphysique, il découvre qu’aimer ne se résume pas à la possession physique – on aurait pu supposer que cinquante ans de vie le lui aurait enseigné plus tôt… J’ai alors pu savourer l’inattendu : des descriptions de paysages inspirées, et enfin une forme de réponse à la promesse du titre, celle d’un amour dénué de terreau, de lieu géographique. Et si l’amour n’était vrai que dans le manque, dans l’absence, dans l’impossibilité de l’assouvir ? Une position assez audacieuse pour l’époque, que j’ai regretté de ne pas voir développée davantage car elle constitue à mes yeux le principal intérêt du premier roman de Mathias Lair.

 

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