« L’homme fidèle » : enquête d’amour

affiche-film-l-homme-fideleMarianne quitte Abel en lui annonçant qu’elle est enceinte de son ami Paul. À l’enterrement de celui-ci, 8 ans plus tard, Eve, sa jeune sœur, rêve de séduire Abel, qui n’a d’yeux que pour Marianne…

Je ne sais pas trop quel instinct m’a poussée à aller voir ce film, sachant que je n’avais pas vraiment adhéré à la précédente réalisation de Louis Garrel, Les Deux Amis (au point d’avoir… perdu ma chronique. Je ne sais pas où elle est passée, dans les arcanes de mon ordinateur.). Et pourtant, tout en pensant rationnellement que ce deuxième long-métrage allait me laisser aussi perplexe, j’ai pris ma place pour l’avant-première.

Mon instinct a (presque) toujours raison. Car à peine les premières notes de la très jolie bande-son égrenées au piano, j’ai glissé dans l’atmosphère de ce film comme dans un cocon rassurant. Trouvé mes marques. Senti que quelque chose de chouette allait se produire.

D’une base de chassé-croisé amoureux assez classique, sur fond d’adultère, de fantasme éthéré d’adolescence, de rivalité féminine, dans un univers bourgeois de Parisiens sans vrais problèmes, Louis Garrel réussit à créer un petit bijou de charme et d’élégance. Il faut dire que côté élégance, le casting féminin en impose, entre une Laetitia Casta toujours aussi sublime, ici dans un rôle trouble qu’on ne lui aurait pas imaginé mais dont elle joue la partition avec finesse, et une Lily-Rose Depp beaucoup plus simple que son image médiatique ne l’aurait laissé envisager, en jeune fille fleur bleue mais déterminée à assouvir son rêve. C’est parfois tendre, parfois mordant, souvent assez délicat. Et d’une grande fraîcheur, imposée par la révélation du film. Il ne figure pas sur l’affiche, et pourtant il vole sans forcer la vedette aux stars qui l’accompagnent : Joseph Engel, qui donne son prénom et son minois au fils de Marianne, illumine ce qui aurait pu n’être qu’un banal triangle amoureux, de son regard perçant qui déterre des mystères et donne à l’intrigue un parfum de partie de Cluedo. Alors, le mari, dans son lit, d’un problème cardiaque non décelé ? Ou la femme, dans la cuisine, versant du poison dans la tisane ? Cette possibilité de noirceur accentue les contrastes de façon bienvenue et offre au film, paradoxalement, des moments de légèreté et de rire insoupçonnés.

J’ai beaucoup aimé naviguer dans l’univers de ces personnages pas si normaux qu’il n’y paraît, ou finalement si, peut-être, prêts à commettre par amour autant de folies que vous et moi. On sent la patte de Jean-Claude Carrière au scénario, qui a su y créer une profondeur subtile. J’ai retrouvé dans ce récit où les voix off ont une place clé ce que j’aime dans une certaine veine du cinéma français : des dialogues ciselés, de la finesse psychologique doublée d’un décalage qui permet à la fois le rire et la mélancolie. Comme si des personnages de Christophe Honoré rencontraient un scénario d’Emmanuel Mouret. C’est plein de malice et d’un regard doux-amer sur la vie, bref, une vraie belle surprise de Noël !

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