« Cherchez la femme » : il n’y a pas de sujets tabous

affiche-film-cherchez-la-femmeLeila, en couple avec Armand, s’apprête à partir en stage à l’ONU. Mais son frère Mahmoud revient du Yémen avec des convictions religieuses toutes neuves et décide de l’enfermer. Armand se déguise en femme voilée pour voir sa belle…

La première fois que j’ai vu l’affiche de ce film, j’ai songé « Et voilà, encore une comédie française raciste sous couvert de faire rire ». Et puis, tout de même, je n’imaginais pas l’élégante Camélia Jordana dans ce genre de farce, ni Félix Moati (vu dans À trois on y va et Libre et assoupi, entre autres). Apprendre que le film était réalisé par une Iranienne m’a confirmé qu’il avait des chances d’être plus subtil que la veine que je n’aime pas dans la comédie française.

Ayant gagné des places (je cherche encore qui remercier, l’enveloppe ne comportait aucune mention d’expéditeur, et j’avais fait plusieurs concours…), je n’avais plus aucune raison de me montrer réticente à découvrir ce film. Et franchement, je suis bien contente d’avoir osé !

En effet, pas le temps de s’ennuyer : dès les premières minutes, Sou Abadi nous entraîne à un rythme effréné, des couloirs de Sciences Po à la cité, de l’appartement du XVIe des parents d’Armand à l’ambassade d’Iran. Alors certes, c’est un film sur la radicalisation religieuse, mais pas seulement, loin de là ! Cherchez la femme est avant tout une comédie qui fonctionne, jouant à la fois sur les décalages de langage, les détournements de clichés et des gags visuels assez réussis avec le voile intégral. Il y a un côté vaudevillesque qui m’a convaincue dans l’intrigue qui se noue autour de Shéhérazade, le personnage inventé par Armand. Et comme dans tout vaudeville qui se respecte, on assiste à des courses-poursuites, des portes qui claquent et des quiproquos.

Pour l’aspect comique, le film doit beaucoup au trio Moati-Jordana-Lebghil, tous très investis et naturels dans leurs prestations. La mise en scène est également bien troussée, avec une clôture en deux temps qui nous offre une scène théâtrale rappelant la fin du Bourgeois gentilhomme avant un grand finale façon parodie de film d’action. Mais là où Cherchez la femme devient vraiment intéressant, c’est dans son traitement des sujets délicats comme la radicalisation, mais aussi l’héritage familial, l’engagement politique ou les couples mixtes. Le scénario évite les écueils du manichéisme (à l’exception des seconds couteaux Fabrice-Farid et compagnie, ressort comique nécessaire) et propose des personnages en constante évolution, dont les interactions font bouger les lignes des certitudes.

C’est finalement une belle apologie de la tolérance et de l’ouverture aux différences culturelles que ce film qui se paie le luxe de citer aussi bien des versets coraniques, de la poésie arabe classique que des vers de Victor Hugo. Mention spéciale aux parents un peu perchés d’Armand, qui incarnent un couple parfois divisé par les idées mais uni par l’attachement.

Sou Abadi nous prouve avec ce film qu’on peut bien rire de tout, et qu’on peut même en rire tous ensemble, pour peu que l’on s’appuie sur l’intelligence, la culture, l’ouverture d’esprit et la tendresse. On lui tire notre voile, euh, notre chapeau !

« Meilleur espoir féminin » : l’instinct paternel

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affiche-film-meilleur-espoir-fémininLaetitia ne sait pas comment l’avouer à son père, Yvon Rance, qui rêve qu’elle reprenne son salon de coiffure après son bac : elle, elle veut faire du cinéma. Jusqu’au jour où le réalisateur Stéphane Leroy la choisit comme premier rôle… 

Movie challenge 2017 : un film que j’aime bien secrètement

Secrètement, c’est un bien grand mot, car on ne peut pas dire que je me sois jamais cachée d’adorer ce film de Gérard Jugnot. À vrai dire, je le regarde même consciencieusement à chaque fois qu’il passe à la télé (c’est-à-dire tout de même assez régulièrement).

Mais je ne le hurle pas sur les toits non plus, disons, parce que le film a plutôt l’image d’une petite comédie française sympathique mais sans plus. Alors que, plus je le revois, plus je trouve qu’il fait preuve d’une vraie tendresse et exploite beaucoup de thématiques en une heure quarante.

Pour ma part, je dois préciser que mon attachement à ce film vient surtout des circonstances dans lesquelles je l’ai découvert. La première fois que je l’ai vu, c’était dans un car en rentrant d’un voyage scolaire en Angleterre, un séjour qui reste l’un des moments les plus marquants de ma vie. Donc forcément, j’ai un rapport affectif spécial avec ce film.

La première qualité qu’il faut reconnaître à Meilleur espoir féminin, présenté comme une comédie, c’est qu’il est vraiment drôle. Je l’ai vu peut-être six ou sept fois, je connais la moitié des répliques par cœur (« c’est un substitut capillaire », « tu m’obstrues ! »…), et je suis toujours écroulée de rire devant les mêmes scènes. Et j’ai aussi l’impression de redécouvrir certains passages à chaque fois. Par exemple j’avais totalement oublié qu’Yvon ne semble pas envisager qu’Andréa, le coiffeur de cinéma, soit gay. Quand sa fille lui dit qu’Andréa n’a jamais touché une femme de sa vie, le pauvre Yvon s’étonne : « À son âge ? ». J’aime bien cette idée qu’un coiffeur n’ait pas en tête qu’un de ses collègues puisse être gay, c’est un détournement de cliché que je trouve sympathique. Et cette scène symbolise bien la candeur d’Yvon, un personnage à la fois drôle à ses dépens mais aussi très touchant.

Car le film se fait aussi très émouvant dans son traitement de la relation père-fille. C’est un sujet qui me touche particulièrement au cinéma et que j’aime beaucoup voir abordé avec autant de délicatesse (comme dans Les grandes personnes, dans un autre esprit). On parle souvent beaucoup du lien qui unit la mère à l’enfant, or ici Laetitia ne semble pas avoir de mère au début du film et c’est Yvon qui est prêt à tout faire par amour pour elle.

Le parcours de Laetitia est celui d’une ado qui devient adulte et coupe le cordon d’avec ce père trop protecteur. Et en même temps, on ne peut pas reprocher à Yvon une certaine lucidité quant au cinéma, au vu du parcours de sa fille. C’est aussi ce que j’aime dans ce film, la façon dont est abordé le milieu du cinéma, son snobisme vis-à-vis du petit provincial qu’est Yvon, la façon de considérer les jeunes comédiennes comme de la chair fraîche, le brouillage entre vie privée et vie publique, la fascination qu’engendre la notoriété, et les dégâts qu’elle peut causer sur la vie familiale. Débutant comme une franche comédie, le film se fait profond par moments et nous arracherait presque une larme. C’est pour Bérénice Béjo le premier grand rôle, et pour Gérard Jugnot le point de bascule entre cinéma comique et personnages sublimes.

Je suis donc ravie d’avoir enfin l’occasion de présenter ce film dans une chronique sous la lumière qu’il mérite.

 

« Bord cadre », l’art du désastre

couverture-livre-bord-cadreSainte-Rose, peintre amateur de sujets morbides, organise la rencontre de Léone, qui assure le transport de ses tableaux, et Marc, écrivain. Il suggère à celui-ci un sujet pour son prochain livre : une histoire d’amour qui commencerait comme la leur mais finirait mal…

De Jean Teulé, j’avais lu et adoré Le Magasin des suicides, mais bizarrement, je ne m’étais jamais plongée dans le reste de sa bibliographie, probablement en raison des personnages historiques qui peuplent ses romans. Je n’avais jamais entendu parler de Bord cadre, paru en 1999. Jusqu’à ce que ma copinaute Tinalakiller me l’offre durant notre premier swap. J’avais été ravie de recevoir ce roman car la promesse d’une histoire d’écrivain me séduisait, et que cela me donnait l’occasion de renouer avec Jean Teulé.

Construit en 4 parties nettes, le livre s’attache à retracer chronologiquement la relation entre Marc et Léone : leur rencontre, le temps de leur bonheur, puis le désamour, et enfin la question de la possibilité d’un happy end. Rapidement, Sainte-Rose apparaît comme une sorte de mauvais génie qui manipule les nouveaux amants pour en faire les personnages de ses toiles. Dès lors, l’enjeu est évidemment le suivant : va-t-il parvenir à ses fins ?

On retrouve avec ce personnage de peintre obsédé par la souffrance et la laideur une figure malsaine versant dans le grotesque, assez propre à l’auteur, qui a toujours eu, semble-t-il, un goût pour les protagonistes excessifs voire fous. J’ai été frappée à la lecture par le côté baudelairien de Teulé qui se complaît dans la description du sale ou du cruel, façon « Une charogne ». L’auteur ne répugne pas devant la mention des fluides corporels comme des pires bassesses que peuvent commettre ses personnages, et cela a même l’air de l’amuser. Et pour le lecteur aussi, cette galerie des horreurs a quelque chose de réjouissant à lire, d’autant plus que l’ensemble est extrêmement bien écrit et maîtrisé.

À partir de la troisième partie, mon côté féministe a eu envie de gifler Marc et de secouer Léone un bon nombre de fois tant leurs rapports deviennent malsains, l’homme étant le bourreau de la femme dans la plupart de leurs sévices. Cependant j’ai surtout eu envie d’étriper Sainte-Rose, ce qui est probablement l’effet escompté.

Cela dit, la narration est assez addictive et, passé ce qui semblait inéluctable, réussit à surprendre encore avec une dernière partie théâtrale et grandiose que je n’avais pas vue venir. C’est sans doute là que le titre prend son sens : lorsque les personnages ne sont plus « bord cadre » (à la limite, en termes de cinéma), mais dépassent complètement les bornes, pour le meilleur ou pour le pire.

Une expérience de lecture qui ne plaira sans doute pas à tout le monde tant elle plonge dans la noirceur, mais qui peut apparaître à la fois comme une romance violente, une satire du milieu artistique ou un genre de thriller psychologique. Pour ma part, pari réussi ! Merci Tina !

« Ce qui nous lie » : un grand cru

affiche-film-ce-qui-nous-lieJean a quitté le domaine viticole familial il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant que son père est mourant, il revient et retrouve Juliette et Jérémie, ses frère et sœur qui travaillent avec leur père…

 Qu’est-ce qui au juste m’a donné envie de voir ce film au point de faire tous les concours de la toile pour gagner des places (merci à la RVF chez qui j’ai récolté mes invitations !) ? Difficile à dire, car a priori ce film n’était pas vraiment dans mon spectre. D’une part, je dois vous faire une confidence : je n’aime pas le cinéma de Klapisch. Plus exactement, je n’ai pas du tout accroché à L’Auberge espagnole, film que je vois pourtant créer le consensus autour de moi. De plus, le sujet, une exploitation viticole, ne me faisait pas rêver, moi qui n’y connais pas grand chose en vin.

Et pourtant, sans même avoir vu la bande-annonce, j’avais décrété que je ne pouvais pas manquer ce film, qui avait quand même un bel atout à mes yeux : réunir dans une fratrie de cinéma Pio Marmaï, Ana Girardot (Les Revenants) et François Civil (Dix pour cent). Ayant apprécié leurs prestations séparément jusqu’ici, j’étais très curieuse de voir ce que ces trois-là pouvaient créer ensemble. Et puis, Klapisch, c’est aussi l’un des réalisateurs de Dix pour cent, de quoi mettre mes scrupules de côté !

Il devait aussi y avoir une forme d’intuition dans mon rapport à ce film avant même de l’avoir vu, parce que dès le générique, entre les plans sublimes sur les vignobles de Bourgogne, la typo soignée et la musique, j’ai ressenti le frisson annonciateur du film-qui-va-se-placer-dans-le-top-de-l’année. Cette faculté à savoir en quelques secondes quand je vais vraiment accrocher à une œuvre me surprend toujours mais force est de constater que cela fonctionne !

Le coup de cœur aurait pu se démentir par la suite, mais j’ai été complètement happée par l’histoire de cette fratrie en reconstruction avec le retour de l’aîné, accueilli comme « frère prodigue » par sa sœur et avec rancœur par son jeune frère. Le jeu des acteurs est très fluide, j’ai trouvé leur fratrie complètement crédible. Les scènes où l’on voit Jean, Juliette et Jérémie enfants m’ont aussi beaucoup plu car elles permettent de donner de la profondeur à leur histoire, de plus les jeunes comédiens sont très bien choisis, on a vraiment l’impression que ce sont eux qui ont grandi !

L’ambiance du film sait évoluer d’une scène à l’autre, entre émotion, colère, tendresse, tristesse, rire, portée par une bande-son dynamique et contrastée. L’ensemble produit un film intense qui nous touche et nous fait rire, avec des dialogues aux petits oignons dignes des bonnes comédies françaises. Plus le film avançait, avec ses trouvailles de cadrage, son jeu sur les époques, son traitement des émotions mêlées, sa capacité à nous attacher aux personnages, plus il me semblait voir non pas un film de Cédric Klapisch mais de Rémi Bezançon, l’un de mes réalisateurs français favoris.

J’ai donc passé un excellent moment dans les vignes (oui le film a même réussi l’exploit de me donner envie de goûter à la production viticole qu’on suit au fil des saisons !) et je suis sortie de la salle étonnée d’avoir autant aimé ce film.

Des poches plein les valises ! sélection 2017

L’an dernier déjà, je vous proposais une sélection de livres de poche à emporter en vacances. Face au succès de cet article, voici ma sélection 2017 !

On ne change pas une recette qui marche ! Alors que vous vous apprêtez peut-être à partir en vacances, vous vous demandez quels romans glisser dans vos bagages ? Voici une petite sélection de livres, que j’ai lus pour certains, que je lirais volontiers cet été pour d’autres (mais en réalité, je vais surtout attaquer la rentrée littéraire). L’idée est de sortir des sentiers battus des romans que vous trouverez au Relay et des nouveautés !

Des livres pour voyager

Voyage voyage… C’est tout de même l’une des principales activités estivales. Alors si vous voulez partir loin sans vous ruiner, ces livres peuvent vous aider !

couverture-llivre-venise-nest-pas-en-italie-pocheVenise n’est pas en Italie : premier roman du réalisateur Ivan Calbérac, ce petit récit d’apprentissage suit Émile dans sa quête amoureuse, de sa caravane de Montargis aux gondoles de Venise. Tendre et drôle, parfait pour l’été !

couverture-livre-dictature-des-ronces-pocheLa dictature des ronces : les plages écrasées de soleil, très peu pour vous. Vous voulez une destination originale, mystérieuse, poétique ? Alors l’île imaginée par Guillaume Siaudeau risque de vous attirer comme un aimant !

couverture-livre-candideCandide : et si on profitait de l’été pour revoir ses classiques ? Le héros naïf de Voltaire, chassé d’un château en Allemagne, accomplit un tour du monde malgré lui en quête de Cunégonde, la femme idéale. Près de trois siècles plus tard, la satire reste à mourir de rire !

Des romans caniculaires

Qui dit été dit chaleur, forcément, voire même canicule. Mettez vos lectures au diapason du thermomètre !

danslaremiseDans la remise : quoi, j’en ai déjà parlé l’an dernier ? Eh oui, mais je n’avais pas eu le temps de découvrir ce roman d’Inès Benaroya qui nous promet un mois d’août où la chaleur catalyse les désirs et les questionnements.

treizeTreize : je triche un peu car le roman d’Aurore Bègue n’est pas sorti en poche, mais il est à peine plus grand ! Suivez Alice durant l’été où sa vie a basculé, dans un récit à la fois triste et solaire.

couverture-livre-le-collier-rougeLe collier rouge : c’est l’une de mes acquisitions récentes, un récit historique une fois n’est pas coutume, qui nous plonge dans la chaleur de l’été 1919 et suit un chien, emblème de la fidélité.

Pour préparer la rentrée

Bientôt la rentrée et de nouveaux livres de nos auteurs préférés ! Et si on relisait ceux qui nous ont déjà marqués ?

couverture-livre-je-voudrais-que-quelqu-un-m-attendeJe voudrais que quelqu’un m’attende quelque part : ok, Fendre l’armure est déjà sorti en grand format, mais si comme moi vous l’attendez en poche, vous pouvez toujours redécouvrir le talent de nouvelliste d’Anna Gavalda dans son premier recueil, composé de textes variés et marquants.

couverture-livre-l'ete-slovene-pocheL’été slovène : Clément Bénech n’est pas qu’un pro de Twitter, il nous livrera aussi à la rentrée son troisième roman, qui fait partie de ceux que j’attends avec impatience. Mais connaissiez-vous le premier, un road-trip estival et décalé en Slovénie ?

couverture-livre-la-part-des-nuagesLa part des nuages : dans la team Alma, Thomas Vinau fait partie des auteurs qu’il me reste à découvrir. Alors en attendant Le camp des autres, je me plongerais volontiers dans La part des nuages, dont le titre fait rêver.

Et vous, quels livres allez-vous dévorer cet été ?

« Ava », « ses bras t’attendront dans le noir »

affiche-film-avaAva, treize ans, est en vacances dans les Landes avec sa mère et sa petite sœur. C’est l’été, le dernier avant que la maladie ne la rende aveugle. Ava décide de s’endurcir et de se tester pour se préparer…

Je n’avais pas spécialement repéré ce film, si ce n’est pour son affiche magnifique. Mais lorsque j’ai voulu profiter de la Fête du cinéma, par élimination, c’est sur le long-métrage de Léa Mysius que mon choix s’est porté, après en avoir découvert la bande-annonce.

Ce n’est pas un hasard si j’emprunte à Cœur de pirate le titre de cet article (extrait de la chanson « Ava »). Car la petite Ava du film tient elle aussi du pirate, avec son foulard rouge noué en bandeau sur les yeux, et son bâton en guise d’appui, comme une jambe de bois supplémentaire. Je pourrais parler sur tout une page d’Ava et de son interprète, Noée Abita, dont c’est le premier rôle mais certainement pas le dernier. On retrouve chez elle une moue boudeuse qui rappelle Adèle Exarchopoulos dans La vie d’Adèle, avec quelque chose de plus grave et profond dans le regard. Indépendamment de ses problèmes de vue, qui au début transparaissent essentiellement dans ses cauchemars (assez horribles d’ailleurs, représentés façon film d’horreur), Ava est une adolescente particulière. On sent chez elle une intensité, un caractère d’animal farouche, qui tantôt se masque derrière une courtoisie feinte envers sa mère, tantôt s’exprime dans des élans de cruauté ou d’enfantillages. Le travail physique de la jeune comédienne est assez impressionnant : habillée, Ava a vraiment l’air d’une petite fille (et jusque dans sa voix et ses expressions), mais dès l’instant où elle se dénude, seule sur la plage, c’est une jeune femme que nous voyons éclore.

Film d’apprentissage, c’est d’ailleurs sans doute le qualificatif qui correspondrait le mieux à ce premier long-métrage ambitieux et hybride : tantôt solaire, tantôt sombre, le film oscille entre moments de grâce et obsession pour la médiocrité, incarnée par la mère d’Ava (Laure Calamy, qu’on ne regrette pas d’avoir découverte dans Dix pour cent). Immature, égocentrique, à fleur de peau, Maud voudrait faire de sa fille une alliée et une confidente pour ses péripéties amoureuses. Mais c’est seule que la jeune fille a besoin de faire le deuil de sa vision, en essayant de tout voir avant qu’il ne soit trop tard, ou du moins de voir autre chose que la « laideur » de son quotidien. D’où sa fascination pour le chien Loupo, couleur de nuit, puis son propriétaire, un jeune gitan qui traîne sur la plage.

Léa Mysius revisite le film de premières fois avec une vraie patte de réalisatrice, appuyée par une photographie remarquable et rehaussée d’une bande-son aussi excessive que sa jeune héroïne. Mention spéciale pour le morceau « Sabali » d’Amadou et Mariam qui accompagne l’une des plus belles images, le dernier élan d’enfance d’Ava. L’autre grand moment du film, c’est la scène dont est issue l’affiche du film, qui offre des plans époustouflants dans les dunes et marque le lâcher-prise d’Ava, prête à tout pour suivre finalement le conseil de sa mère de faire de cet été le plus beau de sa vie, quelles qu’en soient les conséquences.

Très emballée au milieu du film par le côté conte initiatique et romance plus ou moins malsaine, je l’ai été un peu moins par le détour vers le thriller de la dernière partie, et je dois avouer que la chute m’a laissée sur ma faim. J’aurais voulu savoir ce qu’il allait advenir ensuite, mais j’imagine que cette solution permet à chaque spectateur de choisir d’orienter lui-même le film plutôt vers l’ombre ou vers la lumière.

Séance commune : « Ma vie de Courgette »

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affiche-film-ma-vie-de-courgetteAprès la mort accidentelle de sa mère alcoolique, Icare, qu’elle surnommait Courgette, est placé dans un foyer avec d’autres enfants. L’occasion de découvrir l’amitié, la solidarité, et l’amour…

 Movie challenge 2017 : un film d’animation

J’aime beaucoup les films d’animation en général, aussi bien les Disney et Pixar que les films des studios Ghibli ou autres découvertes. Pas facile donc de choisir un film à présenter dans le cadre du Movie challenge. Et puis, la sélection de ma copinaute Johanna pour son Popcorn Ciné Club a été l’occasion pour moi de découvrir ce film dont tout le monde a parlé, et que je n’avais pas encore pris la peine de visionner (probablement en réaction au fait que tout le monde en ait parlé).

Adapté d’un roman de Gilles Paris (l’auteur de L’été des lucioles), le film est une première réalisation longue (66 minutes) pour le Suisse Claude Barras, qui s’est appuyé sur une équipe de scénaristes incluant Céline Sciamma pour faire évoluer la narration par épisodes du roman en une écriture plus fluide. On sent la patte de Céline Sciamma (Tomboy) dans la façon de faire vivre l’enfance sous les caméras, un côté très réaliste des relations entre les orphelins et une certaine fraîcheur des dialogues. Le tour de force du film, que l’on doit justement à cette écriture des dialogues mais aussi au très bon casting vocal, c’est de réussir à rendre vivantes et attachantes les figurines en « pâte à modeler » qui s’agitent sous nos yeux. Je dois avouer que l’animation en stop motion ne me faisait pas vraiment envie au départ car je craignais que l’ensemble manque de rythme, de liant et de vie.

Or le sujet abordé est particulièrement profond et délicat et mérite de ne pas être considéré à la légère : Courgette perd sa mère dans un accident domestique (je n’ai personnellement pas très bien compris cette scène, j’ai déduit la mort de la mère de ce qui se passait ensuite), et il est placé dans un orphelinat avec d’autres enfants dans la même situation. Dans le film sont évoqués aussi bien la maltraitance, le meurtre, les violences sexuelles sur mineurs que l’immigration et le fait de grandir avec des parents en prison. Autant vous dire qu’il y a de quoi avoir le cafard !

Pourtant le film, s’il est touchant, n’est pas larmoyant. Bien traités car vus par les enfants eux-mêmes, ces sujets ne sont en fait que le contexte d’une histoire d’amitié et d’amour : les sentiments qui relient entre eux les enfants sont forts, et font plaisir à voir. Et puis il y a le personnage de Raymond, le policier, qui m’a particulièrement touchée, même s’il est dans les faits assez peu réaliste qu’un policier s’attache à un enfant qu’il a dû amener à l’orphelinat au point de venir le voir régulièrement.

Finalement, le point qui m’a paru le plus sujet à critique dans le film n’est ni le fond ni la méthode d’animation mais plutôt l’esthétique des personnages. J’ai quelques réserves face à ces figurines très colorées et, à mon goût, pas très jolies. J’ai trouvé que l’ensemble manquait un peu de douceur et de finesse, avec des grosses têtes et des couleurs criardes (les cheveux bleus de Courgette…). Cela dit, la force du propos et la vitalité des dialogues font peu à peu oublier l’aspect des personnages pour ne garder en tête que l’histoire de Courgette et ses amis. Et ce look particulier a le mérite d’être original, de sorte que l’on ne puisse confondre Ma vie de Courgette avec aucun autre film.

« La Découronnée » : passé décomposé

couverture-livre-la-découronnéeGuy Mesel s’installe pour quelques jours dans l’appartement de son frère à Viâtre, montée de la Découronnée. Il s’intéresse rapidement à l’histoire de ce logement, pendant que la fille de l’ancien propriétaire s’interroge sur son enfance. Maïa, qui a élevé Guy et son frère, mène elle aussi son enquête… 

Trouver ce livre chroniqué sur mon blog va sans doute vous étonner. En effet, je ne parle quasiment jamais de romans noirs, et pour cause, je n’en lis guère. C’est un genre qui ne m’a jamais spécialement attirée et que je connais très mal. Pourtant, j’ai lu la plupart des livres de Claude Amoz, habituée du genre. Il se trouve que j’ai eu Claude Amoz comme professeur, ce qui m’a donné la curiosité nécessaire pour découvrir son œuvre. Ayant été singulièrement emballée par ses précédents livres, j’ai sélectionné son nouveau roman lors de la dernière Masse critique de Babelio (merci à la super team pour leur choix de plus en plus développé de livres à gagner !).

On retrouve dès les premières pages de ce récit ce qui fait la particularité des romans de Claude Amoz : une ambiance mystérieuse, faite de points de vue entrecroisés, de courts chapitres intercalés dont on ne comprend pas forcément le sens au premier abord, ici les paroles d’une berceuse étrange et des textes hallucinés évoquant la neige et le sel. Il faut de la patience et de la docilité au lecteur pour accepter d’entrer dans ces livres aux multiples personnages, surtout quand, comme dans celui-ci, chacun ou presque dispose d’identités multiples, histoire de brouiller encore davantage les pistes. Guy, mal dans sa peau malade, se fait passer pour son frère parti en montagne, la jeune Camille reprend le temps d’un échange de sms son premier prénom Isabelle… Ces deux personnages centraux du récit fonctionnent comme des doubles : tous deux atteints de problèmes de peau qui sapent leur confiance en eux, victimes persistantes d’une enfance traumatique dont le souvenir flou les hante, mus par le besoin impérieux de savoir, de comprendre, quitte à passer pour des fous, des détraqués.

On est bien chez Claude Amoz, qui se plaît à suivre des personnages écorchés, esquintés, avec un goût particulier pour la misère, la vieillesse, ici incarné par le foyer où travaille Habiba la cuisinière. On n’y croise que des mendiants, des perdus, des vieillards. Caractéristique aussi du style de l’auteur, l’ambiance caniculaire favorable à la déliquescence, à la suffocation et au vertige, qui influe sur les sens des personnages et les rend d’autant plus vulnérables. Le style s’adapte aux différents narrateurs, et sait se couler dans les états d’esprit d’une adolescente perturbée, comme dans le langage bancal d’une vieille femme dont le français, qui n’est pas la langue maternelle, tarit au fur et à mesure que ses obsessions la gangrènent.

Pourtant assez loin de mes lectures de prédilection, cet univers sombre et tourmenté me séduit à chaque fois par son pouvoir d’attraction malsain qui rend la lecture assez addictive. Pour ma part en tout cas, j’ai dévoré le livre en peu de jours, poussée par la curiosité, l’envie de savoir comment tout cela allait finir (on n’est pas ici dans ces polars grand public où l’on sait que tout rentrera forcément dans l’ordre à la fin). La fin du livre, justement, m’a un peu laissée sur ma faim, car elle résout le mystère premier sans apporter de clôture nette aux intrigues croisées, laissant le flou persister sur l’avenir de la plupart des personnages. Comme s’il suffisait de donner au lecteur la réponse aux questions du passé. J’aurais bien aimé en savoir un peu plus sur la façon dont les personnages allaient, ou non, découvrir ce que le lecteur finit par comprendre, et sur leurs éventuelles réactions. Mais cette fin relativement ouverte permettrait à l’auteur de retrouver ses personnages pour un autre tome, après tout… En tout cas, personnellement, je ne serais pas contre, car il me semble qu’il reste encore suffisamment de matière à exploiter chez ces personnages cabossés.

Moins glauque que certains des précédents livres de l’auteur, plus proche de la littérature générale, ce titre peut constituer une bonne entrée en matière pour qui souhaiterait découvrir son style et sa finesse dans l’analyse psychologique des esprits tourmentés.

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Lecture commune « En cas de bonheur »

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couverture-livre-en-cas-de-bonheurJean-Jacques et Claire sont ensemble depuis huit ans et s’ennuient, alors, sur les conseils de son ami Édouard, Jean-Jacques décide d’avoir une aventure avec sa stagiaire, Sonia. Se demandant ce qui lui arrive, Claire embauche un détective, Igor, pour suivre son mari…

Ce petit roman de David Foenkinos me faisait de l’œil depuis des années sur mes rayonnages, et je l’ai plusieurs fois emmené avec moi en voyage en me disant que son format poche et son titre léger en faisaient une lecture parfaite pour la plage. Et puis non, à chaque fois j’ai trouvé autre chose à lire avant, et En cas de bonheur est retourné attendre sagement dans ma bibliothèque.

J’ai profité du thème choisi par Lisa pour le Club de lecture du Pingouin vert de juin (un roman léger, estival), pour exhumer ce livre qui me semblait correspondre à la description sans tomber dans la bit-lit, genre avec lequel j’ai beaucoup de mal.

Au final, comme souvent chez Foenkinos, j’ai trouvé le récit plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. Derrière un chassé-croisé amoureux sur fond d’agence de détectives, façon vaudeville, l’auteur cache une réflexion habile sur la routine dans le couple et sur les différents types de relations amoureuses, de l’amour conjugal à l’aventure qui flatte l’ego, en passant par le partenaire « de consolation ».

On ne peut pas dire que le sujet soit neuf, il est d’ailleurs conforme à la veine explorée par l’auteur dans la plupart de ses livres (je pense notamment au Potentiel érotique de ma femme ou à Je vais mieux). Mais il y a dans la dextérité de l’auteur à manier la narration quelque chose de rafraîchissant, avec toujours un ou deux retournements de situation qu’on n’avait pas vus venir.

En compagne de Jean-Jacques et Claire, personnages lambdas comme on en connaît tous, j’ai passé un moment très agréable, entre le plaisir addictif de la lecture d’un roman facile à suivre, et une certaine profondeur de réflexion, presque comme une parabole.

Moi qui n’ai pas tellement aimé Charlotte, le livre qui a permis à David Foenkinos d’accéder au rang d’auteur choyé par la critique, lui qui avait débuté comme romancier à succès populaire, je me suis plutôt réconciliée avec son style fait d’aphorismes décalés et de dialogues bien tournés. Avec En cas de bonheur, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans les autres récits de l’auteur, avant ses velléités d’hommage et de sérieux. Certes, malgré une analyse parfois fine des relations de ses protagonistes, ce livre manque de l’émotion et de l’originalité stylistique de La délicatesse, qui reste à mes yeux le chef-d’œuvre inégalé du romancier, avec ses chapitres digressifs intercalés et ses personnages plein de vie et originaux. C’est sans doute ce qui manque à ce roman-ci, des personnages un peu plus hauts-en-couleur. Et en même temps, c’est aussi un signe distinctif des livres de Foenkinos, ce goût pour les personnages en demi-teinte, un peu blasé, un peu loser, qui se sentent perdus dans leur vie et que l’auteur va aider à trouver un chemin pour aller mieux.

Reste un petit roman fort agréable et vite lu (ce qui après le pavé qu’est L’âme des horloges était pile ce dont j’avais besoin), qui donne envie de se replonger dans la bibliographie de son auteur comme on aime retomber sur les objets de son enfance.

Tag d’humeur musicale

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Crédit photo : grainesdeblogueuses.fr

Le principe du tag est simple : trouver une chanson écoutée cette année pour chaque humeur.

Pour célébrer la Fête de la musique comme il se doit, j’avais opté l’an dernier pour un tag. Cette année, faute d’en avoir vu passer un qui me fasse envie ces derniers temps, j’ai décidé de créer le mien concernant les chansons qui ont rythmé cette année.

Et voici les élues !

Une chanson pour danser : 

Une chanson pleine de douceur : 

Une chanson inspirante :

Une chanson pour déclarer sa flamme :

Une chanson qui donne de l’énergie : 

Une chanson nostalgique : 

Une chanson pour douter : 

Une chanson pour se plaindre :

Une chanson mystique : 

Une chanson pour s’ouvrir au monde : 

Une chanson pour surmonter la souffrance : 

Une chanson bouleversante : 

Une chanson pour rêver :

Une chanson pleine d’espoir : 

Je reconnais que je n’ai pas fait énormément de découvertes musicales cette année et que j’ai écouté à peu près toujours les mêmes quatre ou cinq albums ! ^^ Je vous encourage donc vivement à les découvrir !

Et maintenant c’est l’heure des nominations (rire sardonique) !

Cette fois-ci ce sera pour June&cie, Le Tanuki, FanActuel, Popcorn&Gibberish, CharmantPetitMonstre, AnaVerbania, Ibidouu et PauseEarlGrey.

Et pour toutes celles et tous ceux qui voudraient reprendre ce tag, allez-y ! 🙂

Bonne fête de la musique à toutes et à tous !