« La Générale » :  passer la seconde

Au lycée Émile-Dubois à Paris, Christine enseigne la SVT pour sa dernière année de carrière. Dans sa classe de seconde, la plupart des élèves espère passer en première générale et quitter l’établissement, qui ne propose que des filières technologiques…

L’actrice Valentine Varela n’en est pas à son premier documentaire, mais après avoir à quatre reprises réalisé pour la télévision, elle a décidé de passer au grand écran pour « faire lever la tête » au public et nous porter à regarder en face le quotidien dans un lycée du 14e arrondissement de Paris qui récupère en seconde des élèves défavorisés et en difficulté scolaire.

C’est la rencontre fortuite de Christine, enseignante s’apprêtant à partir en retraite, qui fait naître chez la réalisatrice l’urgence d’aller poser ses caméras dans l’établissement pour observer comment cette prof au franc-parler pas toujours politiquement correct mais à l’engagement manifeste envers ses élèves tente en dépit des freins de l’institution de les arracher au déterminisme social.

Dans une séquence de conseil de classe, la professeure n’hésite pas à qualifier l’établissement de « lycée de merde », expression contre laquelle ses collègues s’insurgent. Qu’a-t-il fallu pour qu’une femme aussi passionnée par son métier et aussi déterminée à faire grandir les élèves, humainement et intellectuellement, en vienne à assumer une expression aussi brutale ?

Le plan d’ouverture, qui montre le groupe d’enseignant(e)s en vacances ensemble à la mer, est à la fois symbolique de leur complicité, un indéniable point fort pour faire bloc et tenter de trouver ensemble des solutions, mais également une métaphore du fait qu’il et elles n’ont pas peur de se mouiller. Qu’il s’agisse de trouver des intervenant(e)s pour venir animer des séances spéciales allant de l’éducation à la vie sexuelle à un atelier de musique baroque et prononciation restituée d’époque, deux moments qui fédèrent la classe dans une attention concentrée mais joyeuse, de passer leur déjeuner à évoquer les cas les plus épineux ou de prendre du temps pour parler seul(e) à seul(e) avec des élèves en grande difficulté personnelle ou émotionnelle ou avec des familles dépassées par la situation, Christine, Maureen, Manu et les autres font partie de ces enseignant(e)s exemplaires aimé(e)s du cinéma. Il et elles auraient pu être des personnages de fiction comme on en a croisé dans Primaire ou dans La Vie scolaire, ou n’importe laquelle de ces histoires d’école qui fleurissent sur grand écran.

Mais dans La Générale, tout est vrai, bien que la chance de capter des moments cruciaux, comme l’annonce d’exclusion d’Imane, suivie en plan-séquence alors qu’elle descend les escaliers pour quitter le lycée, et le souffle apporté par la musique baroque qui contraste avec le gris et les couleurs ternes du quotidien des élèves confèrent un aspect presque fictionnel à l’ensemble.

Comme autrefois dans Entre les murs, auquel les séances en classe peuvent faire penser même si Valentine Varela est plus mobile dans ses décors et ses déplacements, certain(e)s élèves captent davantage l’attention des enseignant(e)s mais aussi de la caméra. Parmi les fils rouges, Salah, redoublant présentant toujours avec le sourire ses excuses les plus fantaisistes et parfois les plus graves, à la maman inquiète qui considère l’institution scolaire comme la planche de salut de son fils, et Imane, ado futée mais incapable de se taire et de se lever pour être à l’heure le matin, en quête constante d’attention et dans l’impatience d’une vie post-scolaire.

Parce que c’est la vie, la vraie, alternent des répliques à pouffer de rire, des élans de tendresse et de reconnaissance, des moments de mauvaise foi absolue, et l’entrebâillement du milieu scolaire sur des situations familiales parfois terribles (maladie d’un parent, menaces de mariage forcé au bled… ). Filmé avant la réforme du lycée et la crise du covid, La Générale s’appuie sur l’enjeu d’un passage en première encore délimité par des filières aujourd’hui révolues. On aimerait se rendre compte de l’impact de la réforme, savoir si fonctionner autrement a pu constituer un progrès dans la construction de l’avenir des jeunes de l’année suivante, et surtout prendre des nouvelles des élèves de seconde du film, potentiellement bacheliers/ères, puisqu’on est déjà 3 ans plus tard.

 

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