« Jacky Caillou », l’appel de la forêt

Thomas Caillou dit Jacky vit avec sa grand-mère Gisèle, magnétiseuse. Alors que celle-ci commence à lui transmettre la maîtrise du don, un homme amène sa fille pour soigner une étrange tâche que celle-ci porte à l’omoplate…

Après avoir travaillé avec Claire Simon et Romain Laguna, le Sarthois Lucas Delangle passe à la réalisation pour un premier long-métrage fortement inspiré par des souvenirs d’enfance : dans le village où il a grandi et où son père exerçait comme médecin généraliste, plusieurs personnes pratiquaient comme magnétiseurs/euses, et bien que sa propre famille n’ait jamais cru au don, le jeune homme s’y est intéressé, avant même d’avoir l’idée d’en faire un film. Ce qui attire en particulier son attention, c’est l’idée selon laquelle pour que l’imposition des mains fonctionne, il faut que le patient croie à sa guérison. Il offre à Edwige Blondiaux, qui apparaissait déjà dans son court-métrage précédent, le rôle de Gisèle, dont la mise modeste et le comportement très simple contrastent avec la déférence que lui vous tout le village et la présence aux murs de la demeure d’une galerie de portraits façon châtelain(e)s, révérence aux ancêtres qui de génération en génération ont transmis le don.

Dans un décor alpin du côté du Verdon, le cinéaste trouve le village de bric et de broc, les chemins étroits et pierreux, la forêt et les élevages de brebis propices à la renaissance d’un mythe : celui du loup-garou. Déjà remis au goût du jour par les frères Boukherma dans Teddy, celui-ci trouve ici une nouvelle déclinaison sur fond social. Pour les modestes éleveurs qui vivent encore selon les traditions ancestrales, la réintroduction des loups est une mauvaise nouvelle qui vient mettre en danger les troupeaux dont ils prennent tant de soin. Mais on a beau croire à l’imposition des mains, on n’en est pas à s’imaginer qu’un loup-garou puisse rôder. Le milieu modeste, le protagoniste orphelin vivant dans une famille peu conventionnelle, l’incapacité des pouvoirs publics, représentés par la police, à apporter des solutions, sont autant de points communs entre les deux long-métrages. Mais là où le fantastique des frères Boukherma se voulait gore et rieur, Lucas Delangle opte pour une tonalité beaucoup plus en nuances, qui n’érige pas ses personnages en héros mais les ramène à la toute petite place que chacun et chacune occupe à l’échelle de la nature. Les plans larges sur les paysages de montagne qui impressionnent ravalent acteurs et actrices au rang de silhouettes. Ce qui n’empêche pas un réel intérêt pour les gros plans sur les visages laissant transparaître la concentration au moment de l’usage du don, la fascination mutuelle d’Elsa (Lou Lampros) et Jacky pour leur singularité, l’attente pleine d’espoir des villageois d’un miracle émanant des mains magiques.

Il y a quelque chose de sauvage dans ce film, à commencer par sa musique, par moments intradiégétique, qui transcrit pour nous les états intérieurs du discret Jacky, qui n’ose faire écouter à ses voisin(e)s les compositions mêlant sonorités magnétiques du thérémine et bruits du quotidien capturés en toutes circonstances. Cette bande-son mystérieuse, à mi-chemin entre un album de bruits de la forêt et un disque mystique, contribue à l’aura du personnage qui donne son titre au long-métrage. Avoir choisi un acteur non-professionnel est une prise de risque largement payante, car Thomas Parigi impose dès les tous premiers plans une présence à la fois terrienne et rêveuse, captée au point de bascule du sortir de l’adolescence. Il y a chez ce personnage une grande tendresse, à la fois envers sa grand-mère, les villageois, les animaux qui peuplent la forêt comme cet oiseau qu’il veut à tout prix guérir, qui va jusqu’au désir quasi sacrificiel de sauver tout et tout le monde. Mine de rien, le scénario interroge les limites de la puissance humaine. Non, nous ne sommes pas maîtres et possesseurs de la nature, car à la source du don, il y a toujours l’arbre auprès duquel il faut venir se régénérer.

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