« Les Amandiers », viens voir les comédien(ne)s

Pour Stella, qui rêve de devenir actrice, l’audition pour l’école du théâtre des Amandiers est une chance à ne pas manquer. Elle rencontre lors du stage final une quarantaine de jeunes dont seule une poignée aura le privilège d’entrer dans l’école de Patrice Chéreau et Pierre Romans…  

Valeria Bruni-Tedeschi s’inspire de ses souvenirs de jeunesse pour réaliser le portrait d’une actrice en devenir qui s’inscrit plus largement dans celui de toute une promo de l’école du théâtre des Amandiers. Puisqu’on parle de théâtre, l’individu n’est que difficilement détachable du groupe, et on est évidemment rapidement du côté du film de troupe. C’est d’ailleurs ce qui fait la force et le succès du long-métrage : même si certains profils sont davantage mis en avant que d’autres, il ne s’agit pas d’opposer les talents et de les faire rentrer dans une rivalité, ni de mettre le focus sur la personnalité de Patrice Chéreau et Pierre Romans. 

À cet égard, les scènes inaugurales des auditions puis celles des répétitions de Platonov sont à la fois les plus intéressantes d’un point de vue quasi documentaire et les plus drôles et vivantes (bien que parfois d’une certaine cruauté). On pense à Guermantes qui nous infiltrait dans le quotidien de la troupe de la Comédie-Française, et on retrouve bien ce mélange d’exigence au travail mais aussi de camaraderie qui unit les membre du groupe, alors même que ceux-ci peuvent être également liés par d’autres types de relations. En suivant particulièrement Stella, jeune fille exaltée, à l’instar de beaucoup de membres du groupe, qui ne se caractérisent pas par leur tempérance, le long-métrage double le film d’initiation théâtral d’une romance tourmentée et dramatique. Courtisée par Victor (Vassili Schneider) et Étienne (Sofiane Bennacer), la jeune fille de bonne famille, qui bénéficie de son propre studio mais peut aussi trouver refuge dans le grand manoir familial où l’accueille un majordome plein de sollicitude, choisit le jeune homme d’extraction modeste, touchée par l’amour revendiqué de celui-ci pour sa mère et par son caractère fougueux et mélancolique. Étienne incarne en quelque sorte l’archétype de l’artiste maudit qui crame sa vie par les deux bouts entre paris stupides, vitesse, violence et drogue. Un personnage parfois peu sympathique qui prend peut-être un peu trop de place dans le récit en comparaison de personnages secondaires plus attachants. 

À travers eux, c’est aussi toute une époque que retranscrit la cinéaste, celle des années 80 où à la liberté sexuelle issue des seventies s’opposent les dangers de la contamination au VIH. Une époque où l’insouciance de la jeunesse, qu’incarne à merveille le sourire encore enfantin de Nadia Tereszkiewicz, se heurte à la réalité d’un monde qui sort des Trente Glorieuses. À la fois drôle, frais mais aussi tragique et par moments limite dans les comportements de ses personnages (en particulier en termes de consentement), Les Amandiers ne manque ni de vitalité ni de souffle, et son rythme emporté s’accorde à celui de la vie de ses personnages, vécue dans l’urgence. On pressent que ce rôle ouvrira grand les portes de « la grande famille du cinéma français » à Nadia Tereszkiewicz, qui crève l’écran.

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