« La conspiration du Caire » :  au nom du pouvoir 

Adam, fils d’un pêcheur dans un petit village, est accepté pour étudier à l’université Al Azhar au Caire, la plus grande institution islamique…

Après Le Caire confidentiel, qui avait déjà connu un succès critique, Tarik Saleh retourne métaphoriquement dans la capitale égyptienne (il ne peut en réalité y tourner car il y est persona non grata) avec un nouveau film infiltrant un milieu institutionnel pour en analyser les mécanismes de pouvoir. Après la police, c’est la grande université religieuse Al Azhar qui offre au cinéaste l’occasion d’une nouvelle démonstration brillante, qui lui a valu le Prix du scénario à Cannes.

Tawfeek Barhom campe un jeune homme d’origine modeste dont la foi et les capacités intellectuelles sont perçues comme un don de Dieu à la fois par sa famille et par l’imam de son village, qui l’encourage à tenter une ascension sociale à la capitale. Désigné comme un « cœur pur » par un camarade, le fils de pêcheur fait preuve d’un mélange d’innocence et de sérieux qui font de lui un étudiant appliqué et théoriquement sans histoire. Mais son extraction modeste et son absence d’attache dans la capitale lui valent d’être repéré par des espions du gouvernement au moment crucial de l’élection du nouveau Grand Imam. Le cinéaste ne cache pas s’être inspiré du Nom de la rose dans ce quasi huis clos où la religion n’est qu’un outil comme un autre pour accéder au pouvoir. Plus près de nous, on pense aux séries Ainsi soient-ils et The Young Pope, qui présentaient le même genre de lutte intestine mais concernant la religion catholique. En changeant de décor et en troquant les ors du Vatican pour la grande mosquée dont l’impressionnante cour symétrique contraste avec les conditions d’habitation spartiates des étudiants, parqués comme des prisonniers dans une cellule, Tarik Saleh trouve un lieu propice à une mise en scène au cordeau. Les plans d’ensemble ou en plongée depuis la tour du minaret ravalent l’étudiant à un pion dans la masse et font prendre conscience de la précarité de la vie dans un plan politique d’envergure. À l’inverse, les très nombreux gros plans sur les visages des protagonistes, en particulier Tawfeek Barhom et Fares Fares, mais aussi Makram Khoury (le cheikh aveugle) , contribuent à faire monter la tension progressivement.

L’intelligence du scénario tient aussi à la gestion d’un rythme d’abord lent, qui permet de faire connaissance avec le protagoniste et de découvrir à ses côtés son nouvel univers, puis progressivement plus tendu, alternant des moments de suspens et des scènes mobiles, telles que la visite chez le cheikh Durani. Derrière les atours du film d’espionnage, avec son lot de retournements, de situations nécessitant l’improvisation pour sauver sa peau et d’alliances recomposées au gré des intérêts, La Conspiration du Caire reste également un film d’apprentissage. C’est sans doute dans cet aspect qu’on retrouve la tonalité pessimiste et mélancolique qui animait les personnages du film précédent du réalisateur. À l’espoir d’une vie meilleure qui porte le protagoniste à son arrivée à l’université succède une inquiétude croissante à la fois sur la moralité des actions qu’il se trouve contraint d’entreprendre et sur les risques qu’il court pour sa propre vie. La remarque de Zizo sur son cœur pur que chaque moment passé à l’université islamique contribuera à noircir apparaît comme une prémonition contre laquelle lutter reviendrait à se faire supprimer d’une façon ou d’une autre. À moins qu’un autre protagoniste de la machination ne décide de prendre le risque de dévier les règles du jeu…

Au-delà de la performance très convaincante du jeune acteur dans le rôle principal, on note également la manière dont Fares Fares se réinvente physiquement pour composer un homme finalement blasé des régimes successifs qu’il a servis.

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