« Le sourire de Mariam », un pays sans avenir ?

Ozra et Issah vivent avec Mariam, leur fille handicapée, dans une chambre spartiate d’un ancien campus étudiant. Pendant qu’elle s’occupe de l’enfant et tourne en rond entre les voisin(e)s plus ou moins malveillant(e)s, il travaille pour un studio de cinéma…

L’auteur iranien Ghazi Rabihavi a dû partir s’installer à Londres depuis déjà de nombreuses années pour pouvoir exercer son activité de plume. Alors que les événements contemporains remettent l’Iran sur le devant de la scène de manière violente et douloureuse, son récit, qui date des années 90 et évoque la période de l’après guerre contre l’Irak semble finalement bien d’actualité.

Le texte se divise en quatre parties, alternant les monologues intérieurs de l’homme et de la femme. Chaque partie est un flux de pensées intimes mêlées de quelques dialogues, qui alterne le passé, le présent, les souvenirs anciens et la mémoire immédiate, tressant un tissu serré d’idées noires où les traumatismes hérités des violences conditionnent l’incompréhension actuelle du couple.

L’alternance des points de vue permet de prendre conscience de l’énorme problème de communication qui gangrène la relation entre Ozra et Issah, dont les souhaits et désirs sont finalement beaucoup plus proches que ce que chacun(e) s’imagine. Il y a une forme d’ironie tragique pour les lecteurs/trices à constater l’incapacité des deux à mettre de côté leur ressentiment et leurs angoisses pour se parler à cœur ouvert et amorcer le rapprochement dont les deux ont envie. Dans un milieu extrêmement précaire, où la cohabitation avec d’autres habitant(e)s au sein du même immeuble engendre beaucoup de commérages et de suspicions, d’adultère ou de surveillance en particulier, le seul endroit d’intimité est cette chambre, mais le couple ne peut jamais s’y soustraire au regard de Mariam, l’enfant martyre handicapée à la suite de la fuite de ses parents sous les bombes. Au cœur des attentions de ses deux parents, elle est aussi souvent l’objet de leurs conflits dans la façon de s’en occuper, mais également le dérivatif qui leur permet de détourner leur regard de leurs problèmes de couple.

Il y a quelque chose de métaphorique dans cette relation née dans l’enthousiasme militant d’une révolution communiste et qui s’étiole après la guerre, chacun(e) rêvant d’aller chercher dans d’autres bras un peu de tendresse. Le pays lui-même semble tomber en décrépitude, les emplois et l’argent se faisant rares, les logements étant quasiment insalubres, et les dirigeants semblant se détourner des possibilités d’évolution et de leur propre population. Ainsi Issah rêve-t-il d’un cinéma qui puise ses codes en Occident et Djidjou, considéré comme le simplet de l’immeuble, exhibe-t-il régulièrement des pin-up de magazine sur lesquelles il fantasme, alors même que les femmes sont contraintes par le règlement de se couvrir au maximum dans les couloirs de l’immeuble.

Pas toujours facile à suivre dans son mélange des temporalités, son passage par associations d’idées du présent au passé, d’un personnage à un autre, le roman use et abuse du délai entre l’évocation d’un souvenir triste et la chute qui en révèle toute la portée dramatique, de sorte qu’on a parfois du mal à raccrocher les éléments ensemble et qu’on y perd en émotions. Il faudrait le lire d’une traite pour se laisser vraiment emporter par son rythme de mélopée douloureuse.

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