« Les correspondants » : on devrait correspondre…

Fin 2019, Fabien annonce à son ami Ben son intention de partir longuement au Canada. Les deux amis décident de s’écrire pour maintenir le lien. Avec la crise sanitaire, le voyage est annulé, mais le projet textuel perdure…

C’est l’histoire de deux artistes singuliers qui partage le goût du collectif, de deux amoureux des mots qui décident d’en faire des lettres, de deux amis qui pour un an vont évoquer leurs amours et les emmerdes bien communes à toute une France entre confinement et couvre-feu. Grand Corps Malade (Fabien) et Ben Mazué (Benjamin) sont déjà identifiés de longue date pour la relation amicale et collaborative qu’ils entretiennent, ayant déjà créé des morceaux ensemble, et au moment où sort ce livre vient de paraître leur EP Éphémère avec comme troisième larron Gaël Faye, qui signifie la préface ; la boucle est bouclée.

Au gré des pages, on retrouve un ensemble de lettres chronologiques mais pas datées, dont le défi initial d’une par semaine va petit à petit être soumis aux aléas du quotidien, avec parfois deux missives d’affilée du même expéditeur, ou des périodes d’un mois de silence dans la correspondance. Tout en sincérité et en authenticité, les deux hommes évoquent des thématiques qui peuvent parler à toutes et à tous comme l’utilisation des groupes WhatsApp, la façon de parler de ses enfants à son entourage, la réaction à la situation sanitaire et ses contraintes. Mais ce sont aussi deux artistes qui partagent les coulisses de la création, évoquant par exemple les lieux où ils travaillent, les équipes qui les accompagnent, leurs ressentis sur scène. Leur idée de faire publier leur correspondance étant née rapidement dans le projet, on sent bien par moments qu’ils se passent les plats, s’interrogeant mutuellement sur tel ou tel sujet, se lançant des petits challenges comme la réécriture contemporaine d’une tirade shakespearienne ou l’invention de chansons sur des thématiques farfelues et terre-à-terre.

La complicité qui les unit est le terreau favorable à l’expression de pensées intimes, d’angoisses ou de déceptions, de nostalgie ou d’émotions liées à des souvenirs ou des moments particulièrement intenses, mais aussi au déploiement de styles bien différents mais partageant un certain humour, un goût pour l’expression qui fait mouche, la composition du texte qui fait boucle. Tels deux sportifs goûtant le plaisir de l’échange sans compétition (et d’ailleurs le sport et les athlètes font partie des sujets qui nourrissent l’ouvrage), Fabien et Ben trouvent toujours à relancer.

Forcément plaisant pour les amoureux/ses de leurs textes mis en musique, ces mots-là, peut-être plus quotidiens, conservent quand même régulièrement une part de poésie dans la tournure d’esprit singulière de leurs auteurs, cette façon de passer d’un sujet un autre, de réussir à placer une histoire ou une pensée philosophique sous couvert de la blague. À l’intime (le quotidien en famille, la tournée avec ses musiciens) se mêle le collectif voire le politique au cœur d’une année marquée par la pandémie et les élections. Mais le fil rouge, ils le constatent eux-mêmes, reste l’amour de leur métier, en particulier celui de la scène, en dépit de la fatigue et des doutes qui peuvent parfois les assaillir. L’ensemble se lit rapidement et avec plaisir d’autant que l’édition révèle quelques petites surprises. On ne sait jamais, peut-être que ce joli projet relancera chez certain(e)s lecteurs/trices le goût d’écrire des lettres…

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