« The Intruder » : plus blanc que blanc

Adam Cramer arrive dans une petite ville du Sud pour étudier l’application de la loi de déségrégation qui autorise les adolescents noirs à aller au lycée avec les blancs. Rapidement, il pèse sur l’opinion en encourageant le racisme des habitant(e)s…

Movie Challenge 2022 : un film qui a connu un tournage compliqué

Connu en tant que réalisateur et producteur de nombreux films de série B, souvent destinés à un public adolescent, Roger Corman surprend en décidant d’adapter le roman de Charles Beaumont, The Intruder. Fasciné par le libre, dont la traduction du titre en français au fil des années est particulièrement parlante (d’abord Les Intrus, puis Un intrus), il investit beaucoup d’argent et d’énergie pour porter à l’écran cette œuvre éminemment politique.

Tout commence par une arrivée dans une petite ville du Sud très conservateur, dans l’histoire comme pour le tournage. Faisant circuler une version tronquée du scénario, le cinéaste s’appuie sur le réel racisme de la population locale, totalement désinhibé, pour recourir à des figurant(e)s pour les scènes de foule et se faire prêter du matériel par les locaux, notamment une voiture qui prend feu au moment où William Shatner la conduit, sans qu’on puisse déterminer s’il s’agissait d’un piège ou non. Et comme dans le film, lorsque la population comprend que la réalité est différente de ce qu’on lui a donné à percevoir, elle peut se retourner contre les étrangers : ainsi l’équipe a-t-elle dû plier bagages à toute vitesse dès les dernières scènes mises en boîte.

Ce qui peut frapper les spectateurs/trices contemporain(e)s, c’est à quel point presque tous les personnages expriment un racisme véritablement décomplexé, avec un langage très cru et insultant envers les personnes noires. En cela l’œuvre peut se révéler difficile à regarder de nos jours car elle donne de nombreuses occasions de se sentir révolté(e) par ce à quoi l’on assiste. Ce qui nous rive face à l’écran, c’est d’abord la musique digne d’un polar ou d’un thriller, souvent exacerbée par rapport aux actions montrées (rien qu’au moment de la descente du bus initiale), qui introduit d’emblée une tension et un sentiment d’urgence qui ne s’apaisent qu’à l’extrême fin du long-métrage. L’intrigue va crescendo à mesure que le personnage de Cramer se transforme en prédicateur et manipule les uns et les autres pour semer la zizanie dans la ville de Caxton. Désigné d’emblée par les habitant(e)s comme un « gentleman », reconnaissable au costume immaculé qu’il porte en toute circonstance, toujours bien coiffé et mielleux pour arriver à ses fins, ce personnage incarne à lui seul la lourde erreur des habitant(e)s qui se méfient des noirs, alors que le danger vient de cet homme plus blanc que blanc.

Son travail sur le cinéma de genre permet à Corman d’avoir acquis de bons réflexes de mise en scène : savoir jouer des ombres et des lumières, de placements de caméra audacieux et intéressants, du montage, pour donner de la profondeur à son récit sans jamais perdre en rythme et pouvoir rendre chacun(e) tour à tour inoffensif/ve ou inquiétant(e). L’écriture des personnages est l’autre grand atout du film : personne n’est tout d’un bloc ce qu’il semble être au premier abord, ni le vendeur de stylos un peu benêt et lourdaud, ni la femme conservatrice soumise aux opinions de son père, ni la jeune fille en fleur à qui on donnerait le bon Dieu sans confession… Chaque découverte d’une part d’ombre ou de lumière inattendue chez un personnage permet de rebattre les cartes et de faire progresser l’intrigue vers un dénouement inattendu. Une œuvre à la fois concise et complexe qui mérite d’avoir été récemment réhabilitée après son malheureux échec commercial à sa sortie dû à diverses censures.

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2 commentaires sur “« The Intruder » : plus blanc que blanc

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  1. Film excellent et qui pré-figure des scènes de l’Amérique contemporaine. Comment ne pas voir dans Adam Cramer un modèle pour un récent Président ?
    Merci pour ta chronique qui m’a donné envie de découvrir ce film !

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