« Le magasin des suicides » : c’est plus marrant en chantant

Dans la famille Tuvache, on se transmet de génération en génération le magasin des suicides, la boutique où tous/tes les déprimé(e)s peuvent trouver le moyen idéal de se supprimer. Jusqu’au jour où Lucrèce donne naissance à Alan, un petit garçon plein de joie de vivre…

Le film de Patrice Leconte, adapté du célèbre roman de Jean Teulé, fêtait cette semaine son 10e anniversaire. L’occasion d’une jolie célébration au cinéma pour cette œuvre qui a connu de très nombreuses versions théâtrales, l’auteur étant toujours d’accord pour que son livre soit repris et remanié. À l’époque, c’est le producteur Gilles Podesta qui acquiert les droits avec une idée bien précise en tête : recourir à l’animation pour porter à l’écran ce texte réputé inadaptable. Grand habitué des comédies, Patrice Leconte accepte le défi de travailler avec les studios d’animation français et en particulier Régis Vidal et Florian Thouret à la direction artistique

Le résultat est une œuvre très singulière qui retrouve le ton du roman : un humour très noir qui n’hésite pas à traiter frontalement le sujet de la dépression et des idées suicidaires pour mieux donner envie d’aimer la vie. Dans une ville de gratte-ciel caractérisée par son camaïeu de gris souvent verdâtre, dans laquelle même les pigeons se jettent volontairement sous les voitures, mais où l’on peut repérer quelques références amusées à la filmographie du réalisateur, le magasin des suicides apparaît comme une oasis d’espoir, un lieu coloré où les moyens d’en finir sont présentés avec un sens aigu du commerce et du packaging : fiole de poison tentatrice, magnifique sabre japonais bien aiguisé, variété de cordes, et toujours le petit emballage cadeau qui va bien. La confrontation entre un univers très sombre et un aspect faussement festif, ainsi que le recours à des chansons entraînantes et morbides à la fois rappelle forcément l’univers de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, et comme l’œuvre de Selick et Burton, on est ici dans un parfait film de la « Spooky Season ».

Mine de rien, la famille Tuvache permet de mettre en scène des valeurs comme le soutien mutuel entre époux/se, l’attachement à l’héritage et au respect de ce qu’ont construit les ancêtres, l’amour filial et entre frères et sœur. Mais tout cela cohabite avec un aspect éminemment subversif allant de la distribution de cigarettes par le père excédé à son enfant boute-en-train au voyeurisme de tous les gamins du quartier, petit frère compris, face à une ado qui se déshabille dans l’intimité. De bout en bout, l’écriture fait coexister le positif et le sordide, l’amusant et le malaisant. Même le personnage d’Alan acquiert une complexité : certes, son intention de redonner de la joie de vivre à toute la ville est louable, mais c’est un enfant turbulent, manipulateur, vulgaire. Le côté amoral fait bien sûr partie du plaisir du visionnage.

Surtout, c’est l’aspect esthétiquement inventif qui rend l’œuvre marquante. Les personnages stylisés et volontairement assez laids coexistent avec des décors soignés, une animation très énergique et dynamique, en particulier dans les passages chantés, et des moments plus oniriques ou psychédéliques faisant preuve de recherche, par exemple l’usage des tests de Rorschach dans la chanson du psychologue.

Comme toutes les adaptations à ce jour, le film a transformé la fin extrêmement polémique du roman, mais d’une manière maline et amusante qui renforce le message positif de l’œuvre et la rend visible par un plus large public.

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