« Le gamin au vélo » : la bonne fée

Placé en foyer, Cyril s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son père et voudrait récupérer son vélo. Alors qu’il s’échappe pour retourner dans son ancien appartement, il fait la connaissance de Samantha, coiffeuse dans la cité, qui retrouve le fameux VTT…

D’ordinaire habitués à révéler de jeunes talents inconnus du grand public, les frères Dardenne ont fait exception quelques fois, notamment dans Le Gamin au vélo, où aux côtés du jeune Thomas Doret, ils recrutent l’une des actrices phares de Belgique, Cécile de France. Sortant du tournage américain d’Au-delà, elle apprécie de se retrouver dans un projet radicalement différent, où son rôle est relativement secondaire face au gamin du titre.

Si le film n’a pas beaucoup vieilli, à l’exception des modèles de téléphones portables utilisés par les personnages, c’est parce que ce qu’il raconte quelque chose d’intemporel, au point que les réalisateurs aient eu en tête l’imagerie du conte, ce qui les a incités à tourner en été, délivrant des lumières plus chaleureuses que d’ordinaire chez eux. Cyril est à l’image des enfants des contes traditionnels, délaissés par des parents sans cœur et sans argent, Petit Poucet sans frères ni sœurs, auquel on ne voit aucun ami dans le foyer où il est placé. Obsédé par l’idée de retrouver son père, il n’a pas de petits cailloux à disposition mais fait le tour des commerçant(e)s, voisin(e)s, ou toute autre personne qui aurait pu l’avoir croisé et savoir à quelle adresse il a déménagé. Dans sa quête, il va forcément croiser de faux amis, plutôt à l’image des chenapans qui incitent Pinocchio à faire des bêtises, et une « marraine la bonne fée » façon Cendrillon qui ne lui fournit pas de carrosse mais rachète son vélo.

Au-delà de la métaphore, jamais clairement explicitée dans le film, on reste dans la pure tradition du cinéma social, qui installe son intrigue dans un milieu modeste avec comme décors principaux une cité, un foyer pour mineurs et un petit bois où se rejoignent les mauvais garçons du coin. S’il avait été envisagé un temps de faire de Samantha une femme médecin (une profession qui a continué à travailler les deux frères jusqu’à La fille inconnue), elle apparaît finalement sous les traits d’une coiffeuse, ce qui lui permet de bien connaître les habitant(e)s du quartier mais dénote un train de vie plus modeste. Ce qui surprend, c’est l’absolue volonté du scénario de refuser toute psychologie des personnages. Au point que jamais personne n’explique le moindre de ses choix, ce qui circonscrit Samantha à son symbole de bonne fée, au mépris de tout réalisme à la fois psychologique (pourquoi viendrait-t-elle s’encombrer d’un petit garçon inconnu au point de risquer de perdre toutes les composantes de sa vie précédente ?) mais aussi pratique (comment la justice autorise-t-elle sans aucun délai cette inconnue à devenir la famille d’accueil de Cyril pour les week-ends ?).

Si on retrouve dans le film des éléments qui attestent la signature des réalisateurs (par exemple un motif de chute qui sera repris dans Le jeune Ahmed), on a tout de même l’impression d’une histoire largement déjà-vue, tant la plupart des œuvres qui évoquent les enfants placés jouent sur les mêmes ressorts et peinent à sortir des mêmes arcs narratifs : le rapport conflictuel aux parents, la tentative d’évasion, les mauvaises rencontres, les comportements violents voire autodestructeurs…

Ce « gamin au vélo » entre et sort du cadre comme il est venu : sans bruit et sans laisser de trace.

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