« Feu follet » : danse avec les arbres

Alfredo, roi déchu est mourant, se souvient de sa jeunesse et de son choix de s’engager comme pompier volontaire, qui lui a permis de rencontrer l’instructeur Afonso.

Le cinéaste portugais João Pedro Rodrigues présente son nouveau long-métrage comme une fantaisie musicale. Une sorte d’hybride entre comédie musicale, fantastique voire science-fiction puisque le film débute en 2069, mais qui tient surtout du conte politique. Son protagoniste, Alfredo, est une sorte de Candide du XXIe siècle : un jeune homme sensible à la cause écologique, biberonné à des chansons célébrant les arbres royaux de la pinède locale et qui récite le discours célèbre de Greta Thunberg en plein repas de famille. Et comme Candide, son éducation au monde et sa prise de conscience des enjeux politiques de son pays passent par des aventures dont les rencontres sont souvent en grande partie sexuelles.

Clairement queer, le film s’offre un pas de deux dansé en pleine caserne (décidément, l’univers des pompiers inspire des chorégraphies, on pense nécessairement à Titane), dont on peut saluer la variété des protagonistes : on a en particulier des personnages féminins aux corps nettement pas androgynes qui viennent questionner la symbolique de masculinité traditionnelle souvent associée à la corporation des pompiers. C’est souvent avec un certain humour que le film aborde l’attirance sexuelle, à la fois dans le détournement des gestes qui sauvent et dans les ébats en eux-mêmes, qui ont évidemment lieu dans la forêt, lieu de toutes les épiphanies. Entre l’usage de prothèses clairement identifiables comme de faux sexes et le choix d’une chanson aux paroles ouvertement racistes, ce passage a de quoi décontenancer. Le traitement de la question principale est d’ailleurs assez ambigu, puisque les deux personnages passent leur temps à se faire des remarques sur leur différence de couleur de peau. Plus intéressant est le glissement sur le terrain politique : on remarque d’emblée que les adultes utilisent le vocabulaire de la révolte et de la république pour venir sermonner les enfants de la famille royale, et cette opposition se renouvelle au moment où Alfredo doit faire le choix de renoncer ou pas au trône. Son amant est alors présenté soudainement comme une figure républicaine qui incarne la modernité face au régime monarchique ancien. Le problème, c’est que sur ses une heure et sept minutes, le film saute d’ellipse en ellipse et nous semble manquer de nombreux passages pour saisir l’évolution des personnages et réellement nous impliquer dans leur parcours. On a l’impression d’assister à une suite de clips qui assumerait ses moyens réduits avec un certain charme mais manque clairement de liant et de développement pour prétendre à produire une réflexion construite, à la fois sur les régimes politiques, sur le poids de la transmission de la couronne, sur le rapport à la nature, sur le passé colonial ou sur la découverte de sa sexualité. Sautant et dansant d’un thème à un autre sans jamais en creuser aucun, Feu follet correspond bien à son titre, tout en légèreté virevoltante, mais laisse quand même une impression de frustration.

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