« Broadway », le spectacle de la vie de famille

Axel, 46 ans, est un père de famille dépassé par l’évolution de ses deux ados. Entre la perspective de vacances à Biarritz avec un couple d’amis et la réception d’une lettre pour le dépistage du cancer colorectal, il tente de se dépêtrer de ses angoisses…

Après Le Discours et avant Samouraï, Broadway est le maillon charnière de la trilogie des A de Fabrice Caro : ce triptyque de portraits d’hommes qui ont en commun l’initiale de leur prénom mais aussi une certaine inaptitude à la vie telle que les normes sociales imposent de la vivre. Dans Le Discours, l’hypocondrie et la maladresse amoureuse causaient le chagrin du personnage principal, même si la thématique de la famille était déjà présente dans la relation avec ses parents, sa sœur et son beau-frère, largement évoquée à l’occasion d’un repas de famille. Dans Broadway, le protagoniste affublé d’une décennie de plus permet d’envisager la situation familiale d’un autre angle, non pas celle d’un fils et d’un frère, mais d’un père de deux enfants qui ont grandi un peu trop vite à son goût : alors que l’aînée se débat dans son premier vrai chagrin d’amour, le cadet lui vaut une convocation au collège pour un dessin libidineux de deux professeurs. À travers ces deux facettes de l’apprentissage de la sexualité et du couple vécu par ses enfants, le narrateur se retrouve aux prises avec son propre vieillissement, qui lui est également signifié par la fameuse enveloppe, qui ouvre le récit et vient l’émailler régulièrement, se rappelant à son bon souvenir comme un pas si friendly reminder du temps qui passe et qui le trouve chaque jour toujours aussi impuissant à affirmer ses propres désirs face à l’ordre du monde, incarné par tout un ensemble de contraintes aussi futiles et mesquines qu’une invitation des voisins pour l’apéritif.

On retrouve le style de Fabcaro, souligné dans la version audio par l’interprétation de Benjamin Lavernhe, dans l’irruption d’éléments absurdes dans des scènes extrêmement quotidiennes (le loup des tunnels, le Brésil dans la voiture…), et dans la récurrence de formules (« Playmobil, en avant les histoires ») ou de sujets qui donnent à l’ensemble l’aspect halluciné d’un long cauchemar pour le protagoniste. Pour les lecteurs/trices ou auditeurs/trices, Broadway réserve son lot de rires, davantage liés aux bonnes formules de l’écrivain et à la lecture enlevée du comédien de la Comédie-Française qu’à une quelconque volonté de se moquer du personnage principal, toujours considéré avec humanité voire tendresse dans ses défauts et faiblesses.

Si la question autobiographique tire souvent quelques dénégations à l’auteur, plus travailleur que la plupart de ses personnages en particulier, on croit tout de même ressentir dans le rapport aux enfants et l’inquiétude sur le fait d’être un bon père et de les accompagner correctement sur le chemin de la vie quelque chose d’intime qui confère à ce récit une atmosphère peut-être plus sensible, où palpite une angoisse sourde, et à la fois moins comique et romantique que dans Le Discours, sans doute moins romanesque aussi, car en l’absence d’éléments de suspense comme l’attente du texto, ou dans Samouraï l’évolution de l’état de la piscine, Broadway reste davantage du côté de la chronique familiale quotidienne, avec des enjeux modestes que l’épilogue faussement épique vient d’autant plus pointer du doigt. Finalement, sous son titre plein de paillettes, c’est le récit au masculin d’une forme de condition pavillonnaire, telle que Sophie Divry pouvait l’évoquer côté féminin, aussi désenchantée et amère sous le vernis d’humour habituel à l’auteur.

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6 commentaires sur “« Broadway », le spectacle de la vie de famille

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        1. Oui, clairement et que la voix matche avec le texte ! Benjamin Lavernhe pour Fabcaro, ayant vu Le Discours, je savais que ça pouvait coller. Mais il y a des voix de cinéma que j’aime beaucoup et que j’adorerais entendre en lecteur/trice.

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