« Sucker Punch », coup en traître

Une jeune fille se retrouve placée dans un hôpital psychiatrique par son sinistre beau-père après la dispute qui a malencontreusement coûté la vie à sa jeune sœur. Elle s’évade dans un monde onirique en attendant sa lobotomie…

Challenge 12 mois – septembre – conseillé par MrCinephilus

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Sucker Punch est un film singulier. D’abord dans la filmographie de son réalisateur, Zack Snyder, dont c’est le premier projet qui ne soit pas une adaptation. Mais également par son esthétique avec un travail de colorimétrie original et un mélange de différentes époques et de différents univers. S’il s’en défend, le réalisateur a tout de même conçu son intrigue d’une façon qui rappelle le fonctionnement d’un jeu vidéo, avec plusieurs univers constituant différents niveaux dans lesquels il s’agit de mener à bien une quête, en sortant victorieuse de l’affrontement contre un ou plusieurs méchants, pour obtenir un item nécessaire à la fin de la partie.

Après une entrée en matière particulièrement sinistre, à la fois par son esthétique gothique et verdâtre, dénuée de dialogue, concentrée sur une succession de drames très rapide présentée de façon brutale avec force effets de caméra, le film nous perd un peu entre réalité et imaginaire jusqu’à la mise en place d’un fonctionnement répétitif d’allers-retours entre le cabaret dans lequel Baby Doll, l’avatar de la jeune fille jouée par Emily Browning, est retenue avec d’autres jeunes femmes et les différents mondes imaginaires dans lesquelles elles doivent se battre. Certes, on est dans un film fantastique qui fait appel à des références de la pop culture, en particulier vidéoludique, avec une mission sur fond de Seconde Guerre mondiale, d’immenses guerriers rappelant un Japon féodal, des dragons… mais cela n’interdit pas forcément un minimum de cohérence dans l’écriture des personnages. En l’occurrence, Baby Doll passe d’une jeune fille de 20 ans complètement démunie à une guerrière qui enchaîne les figures acrobatiques et sait d’emblée où frapper ses ennemis pour les atteindre, en un claquement de doigts. Le côté beaucoup trop facile avec lequel les filles réussissent les missions, ainsi que leurs tenues bdass beaucoup plus sexy que fonctionnelles donnent l’impression que les scènes d’action ont surtout pour but de satisfaire un public masculin avide de fantasmes.

C’est d’ailleurs le principal problème du film : le cinéaste a beau avoir expliqué qu’il cherchait à dénoncer certains travers de la culture geek, en particulier concernant la représentation des personnages féminins, il est difficile de considérer son film comme une critique, au second degré, ou alors celle-ci fonctionne mal. À l’inverse, la lecture premier degré fonctionne un peu trop bien : les personnages féminins sont stéréotypés, ont un arrière-plan très restreint et très peu de caractérisation psychologique, elles ne font preuve de sororité que pour accomplir un but précis, et on comprend bien qu’elles peuvent à tout moment se retourner les unes contre les autres si cela les sert, elles sont sexualisées en permanence et à outrance et sous la menace constante des hommes. Et quand bien même, en s’unissant, elle réussissent dans le monde imaginaire à vaincre de multiples créatures magiques, dans le monde des sixties du cabaret, comme dans celui de l’hôpital psychiatrique, elles restent en permanence à la merci de tous les personnages masculins, chacun d’eux pouvant avoir le dessus sur elles et rappelant aux spectateurs/trices qu’il lui serait aisé de les tuer ou de les violer. En cela, le film répond fort bien à des fantasmes virilistes hélas très présents dans le monde des jeux vidéo.

Pour autant, la fin est assez singulière, et au second degré, serait particulièrement amère. S’il reste très frustrant de ne jamais assister aux chorégraphies de Baby Doll, dont on aurait aimé voir au moins un extrait à la place des scènes d’action épuisantes et répétitives, la version longue propose toutefois un numéro de cabaret chanté par Oscar Isaac et Carla Gugino, esthétiquement beaucoup plus coloré que le reste du récit et qui n’est pas loin d’en constituer le moment le plus divertissant.

 

2 commentaires sur “« Sucker Punch », coup en traître

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  1. Ah, je ne peux clairement pas être objective concernant ce film, c’est une pépite de mon adolescence, un film devenu absolument culte pour moi ! Ça a été une immense claque, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et écouté la bande son en boucle pendant des années…

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