« D’une vie à l’autre », je fus une autre

Katrine Evensen et sa famille sont sollicités par un avocat qui recherche des familles norvégiennes dont les enfants ont été emmenés dans des orphelinats de RDA pour avoir été de père allemand pendant la Seconde Guerre mondiale…

 Des années après un premier long-métrage, Georg Mass s’appuie sur le livre de Hannelore Hippe, qui s’appuie sur plusieurs éléments historiques pour imaginer le parcours de Katrine. D’une part, il a été prouvé que la Stasi avait placé des espion(ne)s parmi les enfants rendus à leurs familles en Norvège, d’autre part, un fait divers autour d’un corps retrouvé carbonisé.

Ces éléments constituent les points d’ancrage d’une intrigue qui rappelle, dans son thème historique, le dernier volet des Enquêtes du département V adapté au cinéma, Dossier 64, qui évoquait un secret d’État autour d’une île où l’on avortait et stérilisait de force des jeunes femmes. On peut aussi penser à L’Œuvre sans auteur avec l’arrachement à sa famille d’une jeune femme considérée comme atteinte d’une pathologie mentale. Ici, c’est une collusion entre la Norvège et l’Allemagne qui permet de retirer à leurs mères norvégiennes des bébés de pères allemands nés pendant ou à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les nourrissons sont expédiés dans des orphelinats et rendus adoptables en RDA, comme une punition pour des alliances interdites pendant le conflit mondial. Des années plus tard, certain(e)s ont essayé de retrouver leurs mères biologiques, ce qui est le cas de Katrine dans le film.

Mais l’intrigue a des ressorts autres que mélodramatiques pour traiter de ce sujet, et emprunte au film d’espionnage et au thriller. Les images d’époque, en pellicule au grain bien visible, ainsi que des visions en rêve, nous ramènent au passé de la protagoniste, et nous laissent entendre qu’il y a là plus qu’une évasion et des retrouvailles familiales. Juliane Köhler et son double jeune Klara Manzel portent le film par une interprétation sobre et tendue, qui confère une aura de mystère et une vraie dignité au personnage, en dépit d’un passé non dénué d’exactions qui aurait pu la rendre insupportable. Mais on arrive à croire à sa sincérité, notamment grâce au travail apporté à la restitution d’un foyer chaleureux. Les intérieurs sont éclairés de tonalités chaudes, les relations avec le mari et la fille (et son bébé) sont présentées comme très unies et douces.

Bien menée et bien montée, l’intrigue parvient à tenir en haleine au gré des différentes révélations et des coups de pression exercés sur la protagoniste par ses différentes connexions et par le jeune avocat qui lève le voile sur le passé. Il faut prendre son mal en patience au départ car il n’est pas facile de comprendre de quoi il est question, mais peu à peu les pièces du puzzle se mettent en place avec une certaine fluidité.

La mise en scène est assez classique, on aurait pu espérer un peu plus d’effets pour mettre en valeur le moment de la révélation cruciale du destin de Katrine, mais le jeu des comédiennes compense la relative sagesse de la réalisation. Sans être très marquant cinématographiquement, D’une vie à l’autre s’inscrit dans la lignée de ces films qui ont le mérite de nous ouvrir les yeux sur des pans tragiques et méconnus de l’Histoire, révélant des aspects peu reluisants de la nature humaine.

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