« Alice n’est plus ici » : regarde-moi ça ce soir, les gens qui vont quelque part

Alors qu’elle se plaint à une amie de son mari, Alice apprend brusquement son décès accidentel. Restée seule avec son fils 11 ans, elle décide de partir avec lui à Monterey, où elle a connu une jeunesse heureuse…

Challenge 12 mois – août – conseillé par FxThuaud

Après L’Exorciste, la Warner souhaite continuer à travailler avec Ellen Burstyn, qui espère un rôle très différent du précédent. Séduite par le scénario d’Alice n’est plus ici, elle demande conseil à Francis Ford Coppola qui lui suggère de contacter pour la réalisation un jeune metteur en scène, déjà auteur de trois films à 30 ans : Martin Scorsese.

Le cinéaste se saisit de ce projet de portrait de femmes qui est aussi celui d’une Amérique moyenne, qui trime pour assurer les besoins de ses enfants et se cherche des rêves. Avant Taxi Driver, Alice n’est plus ici est déjà l’occasion de nombreuses scènes en voiture, à chaque fois qu’Alice quitte tout avec son fils pour tenter de commencer une nouvelle vie dans une autre ville. Ces moments de huis clos dans le véhicule cristallisent les singularités de la relation entre la mère et l’enfant : souvent plongée dans ses pensées, et en même temps soumise aux besoins et caprices de son fils, la femme incarnée par Ellen Burstyn oscille entre complicité avec son enfant et exaspération à son égard. Il faut dire que le petit Alfred Lutter joue un gamin particulièrement actif, qui s’ennuie rapidement et réclame beaucoup d’attention de la part de sa mère.

L’énergie de l’enfant contribue à donner au film un grand dynamisme. Celui-ci correspond à l’état mental d’Alice, tourneboulée par le brusque décès de son époux et forcée de prendre rapidement des décisions pour obtenir de l’argent. Le milieu dans lequel la jeune femme travaille, dans des cafés puis un diner contribue à cette impression de mouvement perpétuel et souvent de brouhaha. Scorsese semble s’amuser à tester des choses avec sa caméra, n’hésitant pas à donner le tournis par un surplus de mouvement, par exemple dans la scène de l’audition au piano, introduisant souvent l’arrivée de son personnage dans un nouveau lieu par un brusque travelling qui lui sauterait presque à la figure. On en arrive à des effets comiques, par exemple lors de la scène où l’unique serveuse en activité craque totalement face à la pression de clients intenables.

Mais sur le fond, l’histoire n’est pas si légère. Le parcours d’Alice interroge à plusieurs reprises les relations entre hommes et femmes, mais aussi l’éducation des enfants. D’emblée, la jeune femme se plaignait de son mari, capable de crises violentes envers leur fils, et s’exprimant souvent par des cris. Bien qu’échaudée par ce mariage, elle tente de se lancer dans de nouvelles histoires d’amour, mais chaque nouvelle rencontre semble une occasion de rappeler tous les stéréotypes de la masculinité toxique : violence verbale et physique, tentative de contrôle, possessivité, impatience… Alice se retrouve alors souvent tiraillée entre les comportements et exigences de son enfant et ceux de ses amants, au point de ne plus savoir ce qu’elle-même souhaite pour la suite de sa propre vie. Même la figure de Kris Kristofferson, à l’époque considérée comme nettement plus positive que les autres, pose question.

Emblématique des années 70, ce portrait d’une Amérique des diners et du rêve d’une vie meilleure reste d’actualité des années plus tard ; on en retrouve par exemple une déclinaison plus contemporaine par Wong Kar-Wai dans My Blueberry Nights.

 

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