« Dessous les roses », comme au cinéma

Paul, Claire et Antoine enterrent leur père. Le premier, cinéaste reconnu, était brouillé depuis des années avec le défunt pour avoir dépeint leur famille de façon très négative dans ses œuvres…

Chaque année ou presque apporte son nouveau texte d’Olivier Adam, dont plusieurs ont désormais été adaptés au cinéma. Avec Dessous les roses, très beau titre emprunté à une chanson de Barbara évoquant la mort du père, l’auteur fait un peu plus qu’un appel du pied, présentant son texte comme le manuscrit d’une pièce ou un synopsis destiné à devenir un scénario. Qui plus est, l’un des trois personnages principaux est présenté comme un réalisateur et dramaturge à succès.

D’emblée, on lit donc le récit comme un film, avec les dialogues percutants que s’assènent les personnages pour tenter de solder les comptes d’un passé qui a du mal à passer, la description de son décor quasi unique, un petit pavillon familial de banlieue qui sert de cadre à un huis clos rassemblant une fratrie auprès de leur mère, la veille, le jour et le lendemain de l’enterrement du père.

Des trois personnages principaux, on suit le point de vue en alternance, chaque chapitre constituant une scène du spectacle. D’abord il y a Claire, l’aînée qui a choisi un métier du soin correspondant à sa nature empathique et douce, semble avoir à cœur de comprendre ses deux frères même lorsque leurs positions paraissent irréconciliables, mais qui cache un désir de rompre avec sa vie rangée. Ensuite, Paul, le scandaleux, celui qui a offert au monde à travers ses œuvres un portrait au vitriol de leur famille, accusant leur père d’avoir été quasi maltraitant, raciste et homophobe. Brouillé de longue date avec ses parents, détesté par son benjamin, chacune de ses apparitions fait monter la tension. Enfin, Antoine, représentant d’une autre génération, en apparence plus intégré dans un monde contemporain, celui des start-ups et des anglicismes, mais en réalité fragile et velléitaire.

Autour d’une mère qui commence à lâcher la rampe et n’espère rien tant qu’une réconciliation de sa progéniture, à grand renfort d’alcool et de supports visuels du souvenir (vieux film à la télé, album de photos de famille…), les trois vont tenter de réécrire l’histoire en comprenant pourquoi leur versions en sont si différentes. À travers leur discours, c’est aussi le portrait du père que dresse Olivier Adam, celui d’un homme dur campé sur ses positions et pas toujours à même d’exprimer son amour à ses enfants mais qui a su s’humaniser pour son dernier fils puis ses petits-enfants.

Une réunion de famille dont les personnages s’entredéchirent, un fils prodige et prodigue dont le comportement crée la zizanie, qui plus est prénommé Paul comme un Dédalus, dès les toutes premières pages, on se sent plongé dans un univers connu des cinéphiles : c’est comme si Olivier Adam avait écrit un film d’Arnaud Desplechin. Alors forcément, en voyant les scènes se dérouler sous nos yeux, on s’imagine un casting dans la peau des protagonistes. Les amateurs et amatrices de cinéma français ne devraient pas avoir trop de mal à attribuer les rôles tant ceux-ci paraissent écrits pour certaines voix, certains visages. Sans trop en dévoiler, on peut toutefois remarquer que l’auteur lui-même semble avoir déjà réfléchi à la question. Et c’est finalement le plus passionnant et original dans ce roman, dont le sujet est plutôt classique, ce côté si cinématographique, presque comme si on avait écrit sous forme romancée l’équivalent d’un film que l’on aurait vu. La moindre des choses désormais, ce serait que le récit soit porté à l’écran, et si possible par Desplechin et avec le casting le plus évident.

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