Festival du Film Francophone d’Angoulême 2022 – Tempête, De grandes espérances, 16 ans, Houria

Tempête – avant-première

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© Julien Panié – Nolita Cinema

Zoé naît dans un haras, le même jour que Comploteur, un cheval destiné à la course. Un soir de tempête, un accident fait basculer sa vie…

Le cinéaste canadien Christian Duguay revient à son amour pour les chevaux presque 10 ans après Jappeloup, et poursuit dans la veine d’un cinéma pensé pour être familial après Belle et Sébastien puis Un sac de billes. Cette fois-ci, il adapte un roman contemporain paru chez L’Ecole des loisirs, Tempête dans un haras. L’histoire fait penser à tous ces livres autour des chevaux qui ont pu être écrits à destination d’un jeune public : on suit une jeune fille née précipitamment dans une écurie en même temps que la jument reproductrice du haras donnait naissance à un poulain, une enfant agitée que seule la proximité des chevaux pouvait apaiser et qui va tout naturellement rêver de devenir jockey. Même l’esthétique du générique d’ouverture avec ses chevaux blancs camarguais en surimpression sur les paysages maritimes peut faire penser à la couverture de certains romans en poche à destination d’un public ado dans les années 2000.

S’il y a quelque chose d’un peu daté et de très prévisible dans l’intrigue, dont les thématiques sur la deuxième chance et l’importance de rester combatif rappelle en particulier Pur-sang, la légende de Seabiscuit, il faut souligner l’exemplarité du savoir-faire avec lequel le texte est porté à l’écran. D’abord, un énorme travail du côté du casting, avec la plupart des cascades réalisées par les comédien(ne)s eux/elles-mêmes (on peut notamment saluer Pio Marmaï à ce sujet qui se retrouve dans de bien fâcheuses postures), des plans magnifiques sur les chevaux trottant dans des paysages de campagne ou de plage à toutes les saisons, et un impressionnant travail de reconstitution des courses qui permet de vivre l’adrénaline du moment. Les enfants sont bien choisis pour incarner le personnage de Zoé et de son petit frère aux différents âges de la vie, et l’ensemble mêle un côté romanesque assez épique et suffisamment réaliste pour qu’on y croie. Une chouette fresque équestre sur la résilience à découvrir en famille.

De grandes espérances – avant-première

De Grandes Espérances

En vacances en Corse, Madeleine et Antoine, étudiant(e)s brillant(e)s en pleine révision du concours de l’ENA, sont confrontés à un drame qui met à l’épreuve leur amour et leur engagement politique…

Si l’on a pu découvrir l’intérêt de Sylvain Desclous pour la politique à travers son documentaire La Campagne de France, c’est en réalité un milieu qu’il connaît depuis longtemps puisqu’ il a été étudiant en sciences politiques. C’est tout naturellement qu’il choisit ce cadre pour y placer un jeune couple confronté à un drame qui vient ébranler toutes ses certitudes, à la fois d’ordre privé et professionnel, les deux restants intimement liés.  

Le drame emprunte son titre à Dickens, mais aurait pu tout aussi bien aller chercher chez Jean-Paul Sartre tant il est question de la possibilité ou non de s’investir en politique sans se salir les mains, allant jusqu’à l’illustrer par un plan suJr les paumes grattant la terre des protagonistes.

Dans une atmosphère tendue qui voit les relations entre les personnages muer du tout au tout, et interroge le lien entre nos idéaux et nos émotions les plus primaires, la droitisation accompagnant l’apprentissage de la peur et l’impossible aveu de la lâcheté, Antoine et Madeleine sont chacun(e) forcé(e) de se souvenir d’où il/elle viennent et symétriquement lancent un appel au secours à leur père respectif en temps de crise.

Pour donner vie à ces personnages pétris de contradictions, chez lesquels les mains les plus sales peuvent accompagner le cœur le plus pur, le cinéaste s’est offert une affiche de choix, réunissant pour la première fois à l’écran le couple le plus brillant du cinéma français, Rebecca Marder (dont l’éclosion continue après Une jeune fille qui va bien et Les Goûts et les couleurs) et Benjamin Lavernhe. Il y ajoute des seconds rôles jamais en reste, à commencer par Emmanuelle Bercot en ancienne ministre qu’une jeune conseillère idéaliste ramène à ses convictions, et un Marc Barbé très intense en père bien conscient d’embarrasser sa fille transfuge de classe.

Passionnant dans son écriture, surprenant jusqu’au bout, porté par des interprétations intenses et une musique qui met les nerfs à vif, De grandes espérances dresse le portrait d’une société où c’est toujours par la faiblesse des hommes que les grandes femmes risquent d’être détournées de leur destin, et se présente comme le film politique le plus captivant de ces dernières années.

16 ans – sélection Les Flamboyants 

16-ans

Léo et Nora entrent en seconde dans la même classe. Mais le frère de Nora, employé au supermarché que dirige le père de Léo, est viré sur le soupçon du vol d’une bouteille de luxe…

Longtemps attendu et largement empêché par la crise du covid, qui a failli emporter son réalisateur en plein tournage, le nouveau film de Philippe Lioret arrive avec un titre empreint de promesses. 16 ans, c’est l’âge de tous les possibles mais, on y pense d’emblée, c’est aussi celui de Roméo chez Shakespeare. Il faut une certaine audace pour oser revisiter une œuvre si classique et si souvent traitée à travers les différents médias artistiques. Le cinéma a eu son lot, du Roméo et Juliette de Zeffirelli à celui de Baz Luhrmann en passant par d’autres déclinaisons de type West Side Story

Mais jamais personne encore n’avait expliqué la haine des deux familles ennemies par une différence de classes sociales et un déterminisme qui pousse chacun(e) à rester à sa place :  dans deux quartiers différents d’une même ville, à deux extrémités d’une ligne de bus qui dessert aussi bien la cité que les quartiers huppés. Comme dans toute tragédie, il faut une part d’absurde, un coup du destin pour venir mettre le feu aux poudres. Le supermarché comme lieu du fatum, le temple de la consommation contemporaine, emblème d’une société où avoir de l’argent est devenu le nerf de la guerre. Chez ceux qui en ont, on défend à ses enfants de fréquenter ceux qui n’en n’ont pas, comme si la précarité était contagieuse. Chez les plus modestes, on tient à son honneur et on s’accroche au poids des traditions car la dignité est la seule chose qui ne se vend pas. 

Toujours au plus proche du naturalisme, le cinéaste trouve un jeu d’échos entre le destin des personnages secondaires des deux familles pour pointer que chacun a ses raisons qui lui semblent bonnes et que c’est la machine sociale, broyant sans distinction tout ceux qui passent du mauvais côté, celui des “losers”, la vraie coupable. 

Au beau milieu du chaos, deux petites lumières : Nora et Léo – Sabrina Levoye et Teïlo Azaïs – qui s’aiment avec la fougue et l’insouciance de la jeunesse, et l’envie de briser toutes les barrières, comme autrefois Bilal et Mina dans Welcome. Quel espoir aujourd’hui pour Roméo et Juliette ? Peut-on espérer une fin moins terrible si la haine a une raison que si elle n’en a point ? La réponse est à l’image de la sensibilité, de la conscience et de l’humanité de son réalisateur. 

Houria – compétition

houria

Alors qu’elle prépare une audition importante de danse, Houria est agressée un soir en rentrant d’un pari qui lui a rapporté de l’argent. Elle en sort blessée à la cheville et mutique…

Après des débuts très remarqués avec Papicha, Mounia Meddour fait preuve de fidélité envers son casting qu’elle retrouve très largement dans son deuxième long-métrage, Lyna Khoudri en tête. On retrouve d’ailleurs au fil de l’œuvre plusieurs motifs qui apparaissaient déjà dans le film précédent, en particulier avec la création de costumes destinés à un groupe de jeunes femmes pour un spectacle privé

De manière plus large, il s’agit une fois encore de sororité et de trouver une forme de force dans l’union de personnages menacés. D’un côté, une jeune danseuse prometteuse qui après une agression doit renoncer à ses rêves de ballet et perd l’usage de la parole sans qu’on sache si cette infirmité est temporaire ou pérenne. De l’autre, un groupe de femmes qu’elle rencontre au centre de rééducation, qui ont en commun un passé difficile qui les empêche de trouver une place classique dans la société. 

Le film brasse énormément de thématiques, toujours liées à la situation de l’Algérie contemporaine : la difficulté à émigrer, le traitement d’anciens terroristes graciés, les lourdeurs administratives et l’incompétence de la police, qui fait l’objet d’une charge satirique sans demi-mesure. Le résultat est une œuvre presque trop dense,  pas toujours très lisible,  mais qui ne manque pas de cœur ni de poésie. 

Des répétitions sur le toit-terrasse au spectacle final en passant par l’initiation dans un jardin verdoyant, le langage du corps est celui qui réunit toutes les femmes autour de Houria, dont le prénom signifie liberté. C’est l’expression corporelle et artistique qui rend libre, qui permet de rendre hommage aux disparu(e)s et de trouver la force de continuer, ensemble. Lyna Khoudri impressionne encore une fois, de même que la façon de la magnifier à la fois par le travail de la lumière et des placements de caméra. L’intensité et la beauté de la séquence finale font un peu regretter de n’avoir pas autant adhéré à l’ensemble du long-métrage.

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