« Tombés du ciel » quel heureux présage

Arturo Conti atterrit à l’aéroport de Roissy sans papiers, volés à Montréal avant le décollage. Il se retrouve coincé dans la zone de transit en attendant confirmation de son identité, pendant que sa femme le cherche dans l’aéroport…

Pour son premier long-métrage, Philippe Lioret, après une carrière dans le son, est poussé à l’écriture par une histoire vraie, une histoire si invraisemblable et originale qu’elle a également servi à Steven Spielberg dix ans plus tard pour Le Terminal. La rencontre à Roissy de l’Iranien Mehran Karimi Nasseri, pris dans un imbroglio administratif de plusieurs années et privé de papiers, qui a peu à peu commencé à perdre la tête, donne lieu à une transposition en une galerie de personnage truculents, emmenés par Jean Rochefort. D’emblée vraie comédie avec la scène ubuesque durant laquelle le voyageur sans passeport tente d’expliquer au guichetier sa situation, le film glisse peu à peu vers l’analyse sociale puis vers l’émotion. Le cinéaste, qui a connu ses plus grands succès avec des œuvres sombres et tragiques, poursuit d’abord l’ambition d’interroger sur des problèmes majeurs de la société par une forme de légèreté. Un film comme Tombés du ciel est en quelque sorte le précurseur d’une veine de comédie sociale dans laquelle s’épanouissent des auteurs comme Louis-Julien Petit, Michel Leclerc ou plus récemment Catherine Corsini avec La fracture. Ce sont également souvent des films rattachés à un lieu symbolique : le supermarché dans Discount, l’hôpital dans La fracture, mais dans Tombés du ciel, c’est un aéroport qui est bien plus que le décor.

Roissy offre un terrain de jeu riche en recoins et cachettes dans lequel Jean Rochefort et sa drôle de famille d’adoption (Ticky Holgado, Laura Del Sol, Sotigui Kouyaté et le petit Ismaïla Meite) trouvent toutes les ressources pour subvenir à leurs besoins : des lapins sauvages attrapés au bord des pistes jusqu’aux boîtes de foie gras du duty-free, en passant par des bottes étanches d’uniformes. À travers l’aspect très concret de la situation, qui pose des questions les plus basiques et pratiques (où dormir, comment s’occuper et tromper l’attente…), le cinéaste réussit à évoquer des questions beaucoup plus larges et éthiques telles que les lourdeurs administratives, la vie impossible des apatrides, l’accueil des réfugiés.

Le film oscille en permanence entre un humour décalé voire absurde (la chambre d’hôtel miniature avec ses mini-croissants et son message promotionnel) et une forme de poésie philosophique sur la fragilité de l’existence humaine à l’échelle du temps et de l’espace (la rencontre avec les singes, la réflexion sur les différents idiomes). Le tout réussit à tenir le rythme avec un mélange de répétition façon Un jour sans fin qui permet de rendre l’impression d’inéluctabilité du sort des personnages coincés en transit et de rebondissements qui les font sillonner l’aéroport et évitent l’ennui des spectateurs/trices. On observe déjà chez le cinéaste une façon de mettre la technique au service du texte et des interprètes, d’éviter toute esbroufe stylistique au profit d’une humanité à toute épreuve, et une direction d’acteurs/trices qui offre à chacun(e) des moments de bravoure et l’espace de déployer sa singularité. Il ne s’agit pas tant d’être réaliste que d’apporter de la réflexion mais aussi une forme de joie et d’espoir. Quinze ans plus tard, quand le réalisateur reviendra au sujet de l’immigration et de réfugiés avec Welcome, le monde aura bien changé, et la tonalité du film également.

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