« Kaboom » : juste la fin du monde

Smith entame ses études à l’université, bien plus préoccupé par l’orientation sexuelle de son coloc sexy que par ses cours. Après un rêve étrange à la veille de ses 19 ans, il croise une jeune fille rousse dans une soirée et est persuadé d’avoir assisté à son meurtre…

Après des films particulièrement sombres comme Mysterious Skin, Araki entend les souhaits d’un public friand de ses films des années 90 et de leur côté déjanté. Bien qu’il cherche à renouveler son cinéma, il reprend des thématiques déjà fortement présentes précédemment (et qu’on retrouvera très largement dans sa série Now Apocalypse). Le film présenté à Cannes remporte la toute première Queer Palm et devient une comédie culte pour toute une génération.

Avec ce titre explosif, le cinéaste annonce la couleur : ça va péter ! Mais avant de comprendre de quoi il retourne, il nous plonge dans ses souvenirs d’université avec un film sur l’entrée dans l’âge adulte assez conforme au genre en termes de thématiques : les soirées, les rencontres, les amitiés, les coups d’un soir sont au programme. Smith (Thomas Dekker) refuse de définir précisément sa sexualité, et cette fluidité permet toutes les combinaisons sexuelles possibles, aussi bien l’attirance pour son coloc surfeur hétéro (Chris Zylka) qu’une relation de sexfriend avec la fantasque London (Juno Temple). La seule à laquelle il est certain qu’il ne touchera pas, c’est sa meilleure amie Stella (Haley Bennett), avec qui les débriefs de leurs vies sentimentales et sexuelles à la cafét se transforment en étapes d’une enquête haletante à mesure que le fantastique s’immisce dans l’intrigue.

Araki a ce don de mêler le plus banal au plus extraordinaire, de faire entrer partout le doute sur ce qui a ou non réellement eu lieu. Usant et abusant des plans filmant ses personnages se réveillant d’un coup, toujours cadrés du dessus, il crée une forme de répétition dans laquelle les spectateurs/trices viennent à douter de chaque élément : qu’est-ce qui se passe vraiment ? qu’est-ce qui est le fruit de l’imagination ou des délires drogués des personnages ? La frontière entre réel et hallucination est d’autant plus floutée par les codes esthétiques employés à l’écran. Des couleurs saturées et des éclairages néon (bleu turquoise, rose fuschia), des effets de montage qui rappellent les grandes heures des débuts de Powerpoint, un tempo ultra-dynamique qui ne laisse pas le temps de s’assurer de ce qu’on a vu. Tout est saccadé, rapide, entraînant, et jusqu’à la fin, Araki nous sollicite pour essayer de comprendre et décrypter ce qu’il se passe à un rythme effréné. En même temps, il nous invite à entrer dans l’atmosphère semi-cotonneuse de jeunes gens souvent alcoolisés, sous somnifères ou effets du cannabis, ce qui donne la sensation d’être dépassé(e) par la rapidité du monde alentour.

Sous ses aspects extrêmement fun et cartoonesque, avec des punchlines bien placées et des images audacieuses, Kaboom s’inscrit dans des angoisses contemporaines : les sectes, les complots, le piratage, l’apocalypse… Et en dépit de ses thématiques très sombres en arrière-plan, et de certains passages habilement tendus, le film reste un vrai divertissement qui n’oublie jamais d’être sexy, et d’une façon assez éveillée (excellent cours de cunnilingus dispensé par Juno Temple à Andy Fischer-Price). Déjanté, inventif, rigolo et hot, ce petit plaisir acide préfigure l’excellente série du cinéaste, dont on regrette vivement de n’avoir pas pu la voir développée, car sur 1h23 comme sur une saison, il reste toujours un goût de trop peu.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :