« La Verónica », all the world’s a show

Vero Lara est femme de footballeur et jeune maman. Influenceuse Instagram, elle rêve d’atteindre les deux millions d’abonnés et de devenir égérie d’une marque de rouge à lèvres…

Pour son premier long-métrage, le cinéaste chilien Leonardo Medel s’inspire d’un milieu qu’il connaît bien, car son épouse est elle-même une influenceuse sur les réseaux sociaux. Fasciné par les mécanismes de ce système et les trucs destinés à obtenir des vidéos cochant tous les codes pour attirer des likes, le réalisateur a d’abord l’idée d’un film qui se servirait de cette esthétique singulière pour raconter une histoire. Après avoir travaillé à plusieurs reprises avec Mariana Di Girólamo sur des courts-métrages, en particulier l’un qui mettait déjà en scène un personnage appelé la Verónica, il fait à nouveau appel à elle pour développer ce concept, celui de l’épouse d’un footballeur star, elle-même star des réseaux sociaux, qui court à tout prix après la célébrité et les partenariats avec des marques de cosmétiques.

Verónica, du grec vera et eikon, soit « vrai visage », est donc totalement à l’opposé de son prénom : femme en apparence très lumineuse d’un point de vue esthétique, puisqu’elle tente de répondre au maximum aux codes de beauté, mais ne se montrant jamais sans fard, et en même temps très sombre et secrète dans ses sentiments et ses actes. Pour tenter de la percer à jour, de voir le vrai visage derrière le masque social permanent, qui ne paraît s’estomper que dans les confessions à sa belle-mère, – et encore, n’est-ce pas une autre forme de représentation de soi ? – le film nous coince face à elle. Entièrement filmé comme une suite de plans-séquences fixes face caméra, comme dans beaucoup de vidéos YouTube en particulier, ce procédé qui paraît relativement extérieur au cinéma constitue un choix radical qui devient extrêmement cinématographique, en s’adaptant à l’intention de dévoilement progressif.

L’autre intérêt de ce procédé, c’est qu’il laisse énormément de place au hors champ : le focus est tellement toujours sur Verónica que beaucoup de personnages n’apparaissent même pas de face, à peine comme des silhouettes qui entrent et sortent du cadre de façon fantomatique.  En tant que spectateur/trice, on a l’impression qu’on doit procéder à une forme de travail de reconstitution, qui n’est pas si loin de celui que doit faire le procureur dans son enquête, ce personnage qui, bien qu’il conserve tout son flegme, n’est pas dupe.

Ce cadrage serré autour de la protagoniste, qui choisit de ne laisser entrer que certains éléments ou personnages, c’est évidemment aussi une façon de tenir à distance les pires horreurs, et en même temps de les rendre d’autant plus présentes qu’on ne fait que les entendre, soit par le travail du son directement, soit dans les monologues de la protagoniste.

Le résultat de cette œuvre qu’on pourrait presque qualifier d’expérimentale est vraiment un objet filmique singulier, assez glaçant, et qui confirme l’énorme talent de Mariana Di Girólamo, qu’on avait déjà vu exploser dans Ema. Avec son visage dont le moindre tressaillement est signifiant, elle parvient à insuffler un charisme incroyable et une palette de nuances à une femme qui aurait pu en rester à un statut d’icône plastifiée, déshumanisée à la fois par son activité et par ses actes intimes.

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