« Cigare au miel », deux en une

Selma se définit comme double, à la fois Française de sol et Algérienne de sang. Alors que les années noires ravagent son pays d’origine, elle tente de s’émanciper des injonctions parentales à travers son école de commerce…

Kamir Aïnouz livrait en 2020 un premier long-métrage prometteur, de large part autobiographique. La cinéaste, qui s’est décidée tardivement pour ce métier, après des études en école de commerce, est la sœur de Karim Aïnouz, réalisateur installé au Brésil. L’aspect multiculturel est donc quelque chose de bien connu pour la famille, qui devient le cœur du récit. Sur fond classique de parcours d’émancipation d’une jeune fille, qui en devenant adulte et s’engageant dans des études supérieures, est amenée à remettre en question l’éducation reçue à la maison, le film va en fait au-delà et propose une réflexion sur la double culture mais aussi l’engagement pour une féminité épanouie.

C’est Zoé Adjani, déjà vue dans Cerise mais avec un look si différent qu’on la reconnaît à peine, qui prête ses traits à Selma, une jeune fille moderne qui évolue dans les années 90 en France, n’a pas de mal à se faire accepter et n’est pas réellement confrontée au racisme, à peine à une forme de curiosité quand elle annonce ses origines algériennes, qui ne sont pas forcément évidentes sur son physique. Il y a une part d’éducation sentimentale et sexuelle dans le long-métrage ; le plan d’ouverture avec en voix off la lecture d’un texte érotique peut d’ailleurs faire penser à l’introduction de De l’or pour les chiens, autre parcours de jeune fille qui apprend à se positionner par rapport aux relations avec les hommes. Cette découverte bon gré mal gré de la sexualité retourne certains clichés : face a l’humour très graveleux de ses camarades de l’école de commerce, Selma se révèle capable de leur tenir la dragée haute et de les battre sur leur propre terrain, avec un langage très cru. De plus, sa première relation a été préparée dans sa chambre afin de ne pas montrer qu’elle est vierge mais aussi de ne pas souffrir, ce qui donne lieu à une scène de première fois qui paraît plutôt bien se passer du point de vue de la jeune fille. En revanche, le film aurait mérité un trigger warning pour ce qui attend Selma en acceptant de suivre la volonté de sa famille et de commencer à fréquenter le fils d’ami(e)s de ses parents, un banquier un peu plus âgé qu’elle, envisagé comme future époux potentiel pas son entourage, et qui a hélas bien d’autres intentions à son égard.

Au-delà de l’évolution de la jeune fille elle-même, le couple formé par ses parents a sa propre dynamique et permet d’aller plus loin dans la réflexion sur les traditions, et le rapport homme-femme. On retrouve des habitué(e)s des rôles de parents, Amira Casar et Lyes Salem, qui forment un binôme crédible animé par des intérêts parfois contradictoires. Si tous deux ont en tête de ne pas déplaire à la communauté algérienne, de se comporter de façon à faire honneur à la famille et en attendent autant de leur fille, le père souffre de voir sa femme petit à petit lui échapper en faisant ses propres choix, notamment professionnels, à mesure qu’elle prend aussi position en faveur d’une émancipation de sa fille.

Assez classique dans sa réalisation, le film tente quelques plans symboliques, en particulier en ouverture et en clôture, et autour du fameux cigare au miel, malheureusement resté assez anecdotique dans l’ensemble. On reste curieux/se de découvrir d’autres propositions à l’avenir de Kamir Aïnouz et de suivre le parcours de comédienne de Zoé Adjani.

 

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